Le petit garçon et la petite fille la regardèrent avec étonnement.

—C'est comme je vous le dis. Pourquoi cela vous étonne-t-il? Tenez,
Godelive, sans le savoir, connaît toutes ses lettres et elle commence
déjà à épeler. Si Bavon voulait se donner un peu de peine, sois certaine
Godelive, que tu saurais bien vite lire.

—Vous dites cela pour rire, n'est-ce pas, madame Damhout? murmura la petite fille d'un air de doute.

—Serait-il possible, chère mère? demanda Bavon, dans l'œil duquel brillait une étincelle de résolution.

—Possible? Mais, mon enfant, c'est presque fait, tu le vois bien!

—Ah! ah! Godelive, nous jouerons toujours au jeu de l'école! Tu apprendras à lire!

—J'apprendrai à lire! reprit Godelive avec une joie contenue.

—Tu l'apprendras, s'écria Bavon. Dieu que ça sera amusant, lorsque nous pourrons lire à deux dans le même livre.—Allons, mademoiselle, rasseyez-vous sur le banc, et faites attention… ou je vous fais apprendre par cœur deux grandes leçons de catéchisme!

Bavon continua à jouer son rôle de maître d'école avec un redoublement de zèle. Bien qu'en même temps il montrât les lettres à ses petites sœurs et les leur nommât avec une impatience simulée, il s'occupait le plus souvent de Godelive. Il lui adressait de si douces paroles d'encouragement et faisait de si grands efforts pour l'instruire, que ce naïf jeu d'enfant devenait un travail sérieux, un véritable bienfait.

Cela dura si longtemps qu'enfin les deux petites sœurs, tête contre tête, s'étaient endormies sur le banc.