—Pourquoi pas? La reconnaissance est-elle l'ennemie de l'amour? Au contraire, je suis bien certaine que Godelive n'oublierait jamais ce bienfait, et qu'elle se dirait jusque dans ses vieux jours: «C'est à ma mère que je suis redevable de mon bonheur, de ma prospérité.» Elle bénirait votre nom toute sa vie et prierait Dieu pour qu'il vous donne dans son paradis la récompense de votre bonté.

Madame Wildenslag était touchée; ses yeux étaient humides d'émotion.

—Et alors, voyez-vous, Lina, les gens sensés vous approuveraient et vous estimeraient. Ils diraient: «Cette demoiselle, la maîtresse de ce beau magasin de modes, est la fille de madame Wildenslag. La pauvre femme d'ouvrier a montré du courage; elle a donné de l'instruction à sa fille et assuré son bonheur.»

—C'est bien beau, ce que vous dites là, répondit avec un soupir la mère de Godelive; mais cela ne se passe pas toujours ainsi.

—Eh! quand bien même la chose serait incertaine, condamneriez-vous pour cela Godelive à une pauvreté éternelle, lorsque vous connaissez le moyen de lui procurer un sort meilleur? N'êtes-vous pas mère, et la conviction d'avoir rempli votre devoir ne vous rendrait-elle pas heureuse et fière?

—Aller à l'école, c'est facile à dire, murmura madame Wildenslag en secouant la tête; mais l'argent, les frais?

—Cela ne vous coûtera rien, Lina. Chez les sœurs de Nonnenbosch, derrière l'église Sainte-Anne, on recevra votre enfant avec joie, et on l'instruira gratis aussi longtemps que vous voudrez. Qu'est-ce que ces deux années? Godelive d'ailleurs ne peut encore rien gagner, et, une fois instruite, elle sera d'autant plus capable de gagner un bon salaire. Soyez certaine que, si vous suivez mon conseil, vous m'en remercierez plus tard.

Madame Wildenslag baissa la tête et ne répondit pas.

—Eh bien, que pensez-vous de mon conseil? demanda sa voisine.

—Laissez-moi réfléchir; c'est une affaire importante. Oui, je suis mère, et le bonheur de mon enfant…