Tout à coup, elle se leva, courut à une armoire, mit un bonnet blanc et jeta un manteau sur ses épaules.

—Allons, Christine, dit-elle, venez avec moi.

—Que voulez-vous faire? demanda madame Damhout étonnée.

—Ce que je veux faire? J'ai une bonne pensée maintenant, et j'ai peur qu'elle ne change. Je suis ainsi faite: je dois agir tout de suite, sinon cela ne se fait plus. Nous allons chez les sœurs, pour voir si elles veulent recevoir ma Godelive dans leur école.

—Ne devez-vous pas d'abord consulter votre mari à ce sujet?

—Ne vous inquiétez pas de cela. Un peu de tapage et de reproches ne me rendra pas malade. Godelive est mon enfant, et, une fois la chose terminée, j'aurai plus facilement raison de son père. Venez, venez, ne perdons pas de temps! Vous savez parler poliment, Christine; si vous prenez la parole chez les sœurs, nous réussirons tout de suite, si c'est possible.

Les deux femmes sortirent ensemble et disparurent bientôt derrière l'angle de la ruelle. Sur ces entrefaites, Bavon et Godelive attendaient avec une impatience fiévreuse le retour de madame Damhout. D'abord, ils s'étaient soutenus l'un l'autre par l'espérance d'une bonne nouvelle; mais, comme la mère de Bavon restait longtemps absente, ils commençaient à perdre courage.

Depuis une demi-heure, ils pleuraient en silence lorsque la porte s'ouvrit tout à coup et livra passage aux deux mères. Ils se levèrent tout tremblants. L'espoir et la crainte se lisaient dans leurs yeux.

—Godelive, dit madame Wildenslag avec une grande joie, tu n'iras pas à la fabrique de dentelles. Demain, tu vas à l'école chez les sœurs de Nonnenbosch, et tu apprendras à lire comme Bavon.

L'heureuse Godelive poussa un cri de joie: elle embrassa sa mère et madame Damhout; elle prit Bavon par les mains et se mit à danser avec lui autour de la chambre.