Le soir, lorsque Bavon et sa sœur Amélie revinrent à la maison, on leur dit que leur père avait la fièvre et qu'on ne pouvait pas troubler son repos. Le jeune garçon voyait bien, à la tristesse de sa mère et au silence de Godelive, que la maladie de son père était grave. Il versa des larmes silencieuses jusqu'à ce que le docteur, qui était venu pour visiter encore une fois le malade, descendît l'escalier et dît d'un ton joyeux:

—Soyez tranquille, femme, la maladie n'aura pas de suites fâcheuses; mais, pour le moment, pas la moindre nourriture et le repos le plus absolu. —Ne pleure pas, mon garçon, ton père guérira, n'en doute pas.

Cette certitude leur donna à tous du courage et de l'espoir; et dès lors leur chagrin et leur anxiété diminuèrent.

Bavon et sa petite sœur allaient à l'école, comme par le passé. Godelive travaillait comme une véritable servante; elle arrivait chez madame Damhout de très-bon matin, balayait et arrangeait la chambre, allait chercher l'eau, versait le café et faisait toutes les commissions, de telle sorte que la pauvre femme pouvait consacrer à la couture, son seul gagne-pain, les heures qu'elle ne passait pas auprès du lit de son mari.

En cela surtout la présence de Godelive était un bienfait pour les Damhout; mais, malgré le salaire de l'aiguille, les privations se faisaient vivement sentir, et la pauvre Christine luttait contre une misère croissante. La maladie de son mari lui occasionnait des dépenses extraordinaires; elle avait déjà même en secret engagé ses boucles d'oreilles et autres petits bijoux. Que serait-il arrivé si elle n'avait pas eu le temps de travailler du tout!

Godelive comprenait comment elle pouvait se rendre le plus utile. Elle travaillait avec une persévérance étonnante, et, lorsqu'elle ne savait plus que faire, elle prenait le fil et l'aiguille et aidait à coudre le plus gros ouvrage.

En quelques jours, l'état d'Adrien Damhout s'était sensiblement amélioré, mais sa guérison complète avançait très-lentement. En effet, après le premier jour, le docteur l'avait saigné deux fois; en outre, il lui avait défendu de prendre la moindre nourriture. Rien d'étonnant donc que le pauvre homme devînt bientôt aussi maigre qu'un squelette, et si faible qu'il pouvait à peine parler.

Aussitôt que son état permit qu'on lui tînt compagnie, madame Damhout et Godelive allèrent coudre auprès de son lit, l'encouragèrent et le consolèrent par toutes sortes de tendres paroles. C'était aussi auprès du lit de son père que Bavon restait une partie de la soirée.

Il se passait quelque chose d'étrange dans le jeune garçon. Il était sombre et découragé; les autres, certains que le malade guérirait, montraient de la joie et souriaient à des temps meilleurs; mais aucun sourire n'entrouvrit plus les lèvres de Bavon. On eût dit que quelque chose lui pesait sur le cœur.

Cette disposition d'esprit ne faisait qu'augmenter et se changeait en une sorte de dépit secret, quand sa mère, au lieu d'aller se coucher, continuait à travailler seule jusque très-avant dans la nuit.