La salle où la distribution des prix de l'école communale allait avoir lieu était comble. Les assistants étaient pour la plupart les pères et mères des élèves, et, par conséquent, de très-petits bourgeois et des artisans. Cependant, tout en avant, on remarquait aussi quelques dames et quelques messieurs qui, inspirés par un noble sentiment, venaient honorer par leur présence la distribution des prix de l'école gratuite.
Adrien Damhout et sa femme Christine étaient assis au cinquième ou sixième banc, au milieu du public; leur fils Bavon se trouvait parmi les écoliers, à la place que les instituteurs lui avaient assignée.
Tout était prêt, et les cloches de l'église avaient déjà annoncé l'heure depuis un moment, lorsque la porte s'ouvrit soudain avec bruit. Le bourgmestre de Gand, accompagné de quelques échevins et conseillers, entra et s'avança jusque près de l'estrade, où de grands fauteuils étaient réservés aux autorités.
Adrien Damhout murmura avec un joyeux étonnement à l'oreille de sa femme:
—N'as-tu pas vu, Christine, que M. Raemdonck est entré avec le bourgmestre?
—M. Raemdonck, le maître de la fabrique?
—Oui, regarde, devant nous, sur le deuxième siège, près du bourgmestre, à sa gauche. C'est M. Raemdonck lui-même.
—Cela se comprend, Adrien, puisque M. Raemdonck est depuis un an dans le conseil de la ville.
—Oui, et il doit y avoir beaucoup d'occupation, car maintenant il ne se mêle plus autant de la fabrique; c'est le vieux commis qui dirige presque tout. Ah! je ne sais pas, Christine, mais cela me fait beaucoup de plaisir, de voir M. Raemdonck ici.
—Et à moi aussi, Adrien. Maintenant, ton maître verra que tu es un bon père et que tu as fait instruire tes enfants.