—Venez, Bavon Damhout, mon ami, recevez ce gage de l'estime de vos maîtres; qu'il vous soit un précieux souvenir et un encouragement pour continuer à marcher dans le sentier de la vertu et du devoir. Vous êtes ouvrier; mais, dans cette utile carrière, l'avenir est ouvert pour vous. Soyez un exemple pour vos camarades, et montrez-leur pendant votre vie, dans votre conduite et dans vos succès, les fruits inappréciables de l'instruction!

Bavon était pâle et il tremblait; il semblait ne pas avoir la force de gravir l'estrade, tellement cet honneur inattendu l'émouvait en présence de ses parents. Un des instituteurs lui prit le bras et le conduisit sur l'estrade. Son vieux maître l'embrassa, lui posa la couronne de lauriers sur la tête et lui remit le grand livre.

La salle trembla sous un tonnerre de bravos; beaucoup de spectateurs essuyaient des larmes, les femmes surtout portaient leur mouchoir à leurs yeux.

Devant l'estrade se trouvaient le bourgmestre et les autres magistrats, prêts à féliciter le jeune homme couronné; mais Bavon, sans y prêter attention, dès qu'il se vit en possession de son prix, se retourna, éleva le livre et la couronne des deux mains en l'air, et s'écria avec exaltation:

—Mère! mère! mère!

Puis il s'élança comme un fou ou comme un aveugle entre les bancs et le public, jeta le livre et la couronne sur les genoux de sa mère, lui sauta au cou et l'embrassa avec effusion. Il embrassa aussi longtemps et ardemment son père.

—Vous avez travaillé et souffert pour me faire instruire, dit-il. Père, père, je travaillerai pour vous. Oh! que Dieu me protège! vous le verrez, vous le verrez!

Ces gens simples, dans leur bonheur, dans leur émotion, avaient oublié le monde entier et ne paraissaient pas savoir qu'une foule de personnes, les larmes aux yeux et des paroles d'admiration sur les lèvres les entouraient et contemplaient l'épanchement de leur allégresse.

Damhout se leva le premier et dit à sa femme:

—Viens, Christine, viens, on nous regarde. C'est fini; le bourgmestre est déjà parti. Allons-nous-en à la maison.