—Oh! monsieur, balbutia Bavon, si je n'en étais pas capable, je le deviendrais par reconnaissance pour votre extrême bonté.
—C'est que, mon ami, il y a des appointements de plus de trois mille cinq cents francs qui sont attachés à cette place; oui, de quatre mille francs avec quelques profits. C'est beaucoup pour un jeune homme de vingt-deux ans. Cette augmentation considérable ne vous sera-t-elle pas funeste? Vous êtes dans l'âge le plus dangereux.
—Éprouvez-moi, je vous en prie, monsieur, fût-ce durant une année entière, dit Bavon. Ce que vous m'offrez, c'est le bonheur que j'ai rêvé pour mes parents. Oh! si je me montre jamais indigne de cette générosité, chassez-moi, méprisez-moi: mais non, non, je ferai tous mes efforts et, si c'est possible, je vous prouverai que votre bienfait a doublé mes forces.
—Je vous crois, mon ami, l'amour filial sera votre ange gardien. Soyez donc mon premier commis, et que le noble but de votre vie soit atteint. Vous pouvez prendre quelqu'un du petit bureau pour écrire les lettres jusqu'à ce que nous ayons trouvé quelqu'un pour vous remplacer.
M. Raemdonck se leva et serra la main du jeune homme en lui disant:
—Je vous félicite, monsieur le premier commis; allez à la fabrique, maintenant, car vous brûlez sans doute d'impatience d'apprendre cette bonne nouvelle à votre père.
Bavon ne s'en allait pas: il restait debout et pensif devant son maître.
—Eh bien, avez-vous encore quelque chose à me dire? demanda celui-ci.
—Monsieur, je voudrais vous adresser une prière.
—Parlez, mon ami.