Sans échanger une parole, elles avaient atteint le bas Escaut et s'approchaient du pont de la Vigne. La femme dit d'une voix altérée:

—Aie bon courage, mon enfant. Tu vas si lentement, as-tu peur?

—Oui, mère, je ne sais pas, mon cœur bat avec angoisse, soupira la jeune fille.

—Ô ciel! crains-tu que les Damhout ne repoussent notre prière? Cela me fait trembler. Hélas! qu'adviendrait-il donc de nous?

—Madame Damhout nous aidera, mère; il ne faut pas en douter. Un cœur comme le sien ne peut pas rester insensible à notre malheur; et, lorsque, les larmes aux yeux, j'invoquerai son affection d'autrefois pour la pauvre Godelive…

—Sans doute; et, puisqu'ils sont encore plus riches qu'on ne nous l'avait dit à Lille… Ah! Godelive, la tentative que nous allons faire est bien pénible, surtout pour toi, je le sais; mais la faim est une impitoyable nécessité.

—Les Damhout sont riches, très-riches! répéta la jeune fille d'une voix sourde, dont le tremblement étrange surprit sa mère.

—Mais c'est tant mieux, Godelive, dit-elle. Dieu soit loué de leur avoir donné les moyens de nous venir en aide!

—Aller demander l'aumône, mère! aux Damhout! moi, la petite Godelive qu'ils ont aimée si tendrement, qui osait faire avec eux des rêves d'avenir! Ô ma belle enfance, avec quels reproches vous vous dressez devant mes yeux! Mendiante! Godelive une mendiante!

—Non, mon enfant, ne sois pas si sévère pour toi-même. Nous venons demander assistance, c'est vrai; mais nous ne sommes pourtant pas des mendiantes.