Elle vit sa mère étendre la main vers la sonnette. Elle s'élança en avant, écarta de la porte sa mère stupéfaite, la conduisit, par une sorte de violence fiévreuse, du côté sombre de la rue, et cacha en pleurant son visage dans la poitrine de madame Wildenslag, tandis qu'elle s'écriait:
—Mère, mère, il est là!
—Qui?
—Bavon.
—Eh bien, Dieu soit loué! il exhortera sa mère à la miséricorde envers nous. Viens, surmonte la honte…
—Impossible, ma mère, sanglota la jeune fille. Oh! épargne-moi cette souffrance, cette humiliation, ce désespoir; demander l'aumône en sa présence, à lui, hélas! mon cœur se brise, je m'évanouirais à ses pieds, peut-être j'en mourrais!
—Veux-tu donc que j'aille seule?
—Je te bénirai et je t'en serai reconnaissante toute ma vie, chère mère.
L'idée seule de lui tendre la main me remplit d'une angoisse mortelle.
—Mais ils t'aiment plus que moi; et s'ils repoussent ma prière parce que tu n'es plus avec moi?
—Alors, répondit la jeune fille avec une agitation extrême, alors, j'étoufferai toute honte et toute sensibilité dans mon cœur. J'irai à lui, je me prosternerai à ses pieds, j'embrasserai ses genoux, je les arroserai de mes larmes. Oh! il nous donnera plus que ce qu'il nous faut, mais quelque chose sera mort en moi! C'est égal, je me soumettrai, je me sacrifierai, pour racheter la honte et sauver notre honneur.