—Eh bien, je suis plus endurcie que toi contre la honte; j'essayerai.

Godelive joignit les mains et dit d'un ton suppliant:

—Ô ma mère! aie pitié de moi. Ne prononce pas mon nom en sa présence, cache-lui que je suis venue avec toi, ne lui parle pas du tout de moi. Je vais m'agenouiller devant le saint sépulcre dans l'église Saint-Bavon. Avec quelle ferveur je prierai! Dieu te protégera! Dans sa grâce infinie, il m'épargnera peut-être le fatal sacrifice de ma dignité, l'unique bien dont la conservation me donnait des forces et me permettait de lutter contre l'affreuse amertume de ma vie. Va, mère, j'attendrai avec angoisse devant le saint sépulcre. Ne me nomme pas, ne me nomme pas!

En murmurant ces dernières paroles, elle s'éloigna rapidement dans la direction de Saint-Bavon.

La femme la suivit un instant des yeux, secoua la tête et se dit à voix basse, en traversant la rue:

—Je le craignais. Pauvre Godelive! Elle est doublement malheureuse. Je comprends que son cœur saigne cruellement… Sans cela, elle ne me laisserait pas aller seule, elle qui, par amour, par bonté, sacrifierait sa vie pour détourner de moi la douleur d'une humiliation. Eh bien, j'aurai du courage pour deux. Affront, honte, salut ou joie, qu'est-ce qui m'attend là dedans, ô ciel?

Elle sonna, et dit à la servante qui vint lui ouvrir qu'elle désirait parler à M. Damhout.

La servante, qui était dans la demi-obscurité, ne remarqua sans doute pas ses mauvais habits, car elle ouvrit la porte de la chambre vers la rue, et l'introduisit auprès d'un jeune monsieur qui lisait, assis devant une table.

Il leva la tête et considéra avec une surprise désagréable cette femme mal vêtue. Il lui dit sans se lever:

—Vous venez demander de l'ouvrage dans la fabrique, madame? Présentez-vous demain matin au bureau, je verrai s'il y a de la place pour vous. Maintenant, je ne puis pas vous l'assurer.