—Oh! non, non, monsieur, ayez pitié de moi. Godelive est la seule de mes enfants qui m'aime encore véritablement, mon seul soutien dans le malheur!

—Soit, madame; peut-être un bon sentiment a-t-il survécu en elle; peut-être vous a-t-elle pardonné le mal que vous lui avez fait; mais, moi, je ne vous le pardonne pas, je ne puis pas vous le pardonner… Tenez, voici les cent francs que vous demandez. Allez maintenant, et puisse Dieu ne pas vous punir plus longtemps de votre fatale erreur à l'égard de votre enfant.

En prononçant ces mots, il avait plongé la main dans un tiroir de son pupitre et compté cinq pièces d'or sur la table.

Madame Wildenslag contempla l'argent avec des yeux hagards, et ses lèvres tremblantes murmurèrent:

—Oh! Dieu! si je pouvais repousser ce secours! Mais non, l'honneur de mon fils, l'honneur de ma pauvre Godelive… Je dois courber le front comme une esclave sous une criante injustice, entendre accuser de bassesse, de perversité du cœur, mon angélique enfant… Ah! le courage me manque. Je succombe…

Elle se laissa tomber sur une chaise et se mit à pleurer amèrement.

—Une criante injustice? répéta Bavon étonné de ces exclamations. Mes reproches, si sévères qu'ils soient, ne sont-ils pas fondés?

—Ils sont faux, entièrement faux! s'écria madame Wildenslag à travers ses larmes. Qui a été assez lâche pour venir vous dire qu'il a vu ma Godelive se battre et proférer de grossières injures?

—C'est Étienne Geerts, qui l'a vue à Douai frapper avec ses sabots qu'elle tenait à la main.

—Ah! je me souviens de cette triste affaire; ce n'était pas Godelive, c'était sa sœur Thérèse, qui lui ressemble en effet, du moins par les traits du visage. Godelive, monsieur! jamais une vilaine parole n'est tombée de ses lèvres; elle a été maîtresse d'école; elle a de l'esprit, elle est bonne comme un ange, et son cœur est encore aussi pur que lorsque vous lui appreniez à lire.