Il y eut un court silence.
—Godelive, demanda tout à coup le jeune homme comme poussé par une émotion violente, Godelive, je vous ai donné un souvenir. L'avez-vous conservé?
Il n'obtint pas de réponse.
—L'image de Bavon et de Godelive avec leur livre à la main, dit-il; naïf dessin qui a coûté au petit Bavon au moins un mois de travail. Vous m'aviez promis de le conserver.
—Mais, Godelive, comment peux-tu laisser ainsi M. Damhout sans réponse? s'écria la mère Wildenslag. Oui, oui, monsieur, elle l'a conservé… Ne me retiens pas, Godelive… Si bien conservé, monsieur, que, depuis des années, ce dessin se trouve sous le crucifix devant lequel Godelive a l'habitude de prier.
—Ah! merci, merci de votre fidèle souvenir! dit Bavon.
—Pourquoi cela vous étonne-t-il, monsieur? dit la jeune fille avec dignité. Si je voulais prier toute ma vie pour le bonheur de celui qui m'a appris à lire, pouvais-je faire mieux que de placer son image à l'endroit où je m'agenouille chaque soir pour élever mon âme à Dieu?
Bavon lui prit les mains, et, d'une voix profondément émue:
—Toujours le même ange!… Venez, Godelive, consolez-vous et prenez courage, vous ne serez plus malheureuse; nous vous protégerons. Nous chercherons pour vous une bonne place d'institutrice. Ma mère vous chérira de nouveau et vous assistera. Je serai votre ami, comme lorsque nous étions encore enfants… c'est-à-dire, je ne sais pas, mon agitation me trouble l'esprit; mes sens sont égarés…
La jeune fille, effrayée, lui arracha sa main avec une vivacité si fiévreuse, qu'il se sentit blessé au fond du cœur de ce mouvement, et qu'il recula d'un pas avec stupeur.