—Hélas! hélas! cela ne se peut pas; elle a raison, je ne dois plus la voir après la journée de demain. Moi aussi, je veux respecter le souvenir de mon enfance et le conserver jusqu'au tombeau. Elle l'a dit: il n'y a désormais plus d'autre lien possible entre nous que le souvenir du passé, le bienfait et la reconnaissance.
Après un moment de silence, il se leva de nouveau.
—Je la perdrais pour toujours? s'écria-t-il. Cette belle âme, ce cœur aimant irait languir dans des pays lointains? Il y a un autre lien, un lien sacré, un lien éternel. Il y a un remède pour son chagrin et pour ma tristesse… Oh! je n'en puis plus; il faut que je parle à mon père, à ma mère, à mon maître. Le monde entier me condamnât-il, le bonheur de ma vie est à ce prix. À moi, à moi l'amie de mon enfance! à moi la douce et pure Godelive!
Et, en achevant, ces paroles, il sortit, courant comme un fou.
CONCLUSION
Il y a une couple d'années, il me vint à l'idée d'écrire un récit tiré de la vie des ouvriers de Gand. Dans le but de rassembler quelques premiers renseignements à ce sujet, je sonnai une après-midi à la grille d'une des grandes fabriques de Gand.
J'avais une lettre de recommandation, je la remis aux mains du directeur de l'établissement, un homme d'environ trente-cinq ans, dont les habits, quoique indiquant l'aisance, étaient couverts de flocons de coton.
À peine eut-il lu mon nom dans la lettre, qu'il se montra tout joyeux de ma visite, me dit qu'il était grand ami de la littérature flamande et se mit entièrement à mon service.
Il me conduisit pendant des heures à travers les vastes salles et les ateliers de la fabrique, me montrant et m'expliquant tout et répondant à mes questions avec une si rare obligeance, que je ne savais comment le remercier de son cordial accueil.
Ce n'était certes pas un homme ordinaire. Il parla de l'industrie, de ses progrès et de l'organisation du travail, non-seulement avec une connaissance approfondie, mais même avec une sorte d'enthousiasme poétique qui m'étonna.