Les larmes aux yeux, je l'assurai que je bénirais Dieu, s'il me permettait de prouver ma reconnaissance à mes bienfaiteurs par un sacrifice quelconque, fût-ce au prix de ma vie.
—Ce que je vais te demander est une chose bien étrange, poursuivit-il; mais elle n'exige de ta part aucun sacrifice. Je désire seulement que si tu acceptes la mission que je vais te confier, tu emploies toute ton éloquence et tu fasses tous tes efforts pour réussir; car, si cette dernière tentative devait rester vaine comme les autres, c'en serait fait pour toujours de l'espoir et du repos de ma vie. Assieds-toi là, à côté de moi, et écoute ce que je vais te dire.
Profondément ému par le ton triste et solennel de M. Pavelyn, je m'assis, sans rien dire, à côté de lui, et il commença ainsi:
—Tu sais, Léon, que Rose n'a jamais eu une forte santé. Sa mère et moi, pendant son enfance, avons toujours craint de la perdre. Aussi, combien nous avons remercié Dieu, quand elle revint de Marseille, si fraîche, si bien portante et si belle! Mais notre joie devait être de courte durée. À peine était-elle rentrée à la maison depuis quelques mois, qu'elle devint maigre et maladive. Un chagrin secret, sans cause connue, minait ses forces, et nous fûmes repris de cette crainte affreuse qui avait empoisonné une partie de notre vie. Je n'osais le dire à personne; mais une pensée horrible me poursuivait. Je voyais constamment devant mes yeux comme un fantôme qui menaçait mon enfant, l'implacable maladie que l'on appelle la phthisie.
Je pâlis, et un cri d'angoisse involontaire s'échappa de ma poitrine; mais M. Pavelyn, donnant à mon émotion son interprétation la plus naturelle, reprit sans s'arrêter:
—Je me suis rendu secrètement à Bruxelles, j'y ai consulté un médecin célèbre, qui a été jadis mon compagnon d'études. Pour mieux juger de l'état de Rose, il est venu à Anvers: il a passé toute une après-dînée avec nous, en compagnie de Rose, comme un vieil ami, qui ne voulait pas quitter Anvers sans venir me voir.
Avant qu'il nous quittât, je le conduisis dans mon cabinet pour savoir si mon horrible crainte était fondée.
Il me déclara que Rose n'était pas phthisique.
Je levai les mains au ciel avec un cri de joie.
—Oh! merci, merci! m'écriai-je étourdiment, c'eût été trop cruel.