—Elle est morte!
Enfin, quand le ciel s'éclaira des premières lueurs du matin, un domestique arriva.
J'épiais en tremblant les paroles sur ses lèvres, car je ne doutais pas qu'il ne vînt me broyer le coeur par l'affreuse nouvelle; mais, au contraire, je poussai un cri de joie insensé.... Rose vivait encore; elle allait mieux, même! Dieu, dans sa miséricorde, avait permis que le soleil qui devait éclairer notre hymen se levât encore pour elle!
Je m'apprêtai à la hâte pour la solennité avec un nouveau courage et une foi raffermie. Moi aussi, je devais être beau et paré comme un heureux époux. Rose l'avait voulu ainsi.
Il fallait me hâter; car, maintenant que le jour était venu, il n'y avait plus d'obstacle, et nous ne pouvions pas perdre un seul instant.
Peu après, j'étais en route pour le château, suivi de mes parents, et je montais dans la chambre de la malade, où notre union devait être célébrée.
Il y avait déjà beaucoup de personnes présentes; le maire et son secrétaire, le prêtre et son servant, les témoins et les amis.
Rose était assise dans un fauteuil à coussins. À mon apparition, elle me sourit avec une expression de béatitude céleste, en remerciant Dieu de lui avoir fait la grâce de triompher de la mort jusqu'à ce jour;—mais, moi, quoiqu'elle voulût m'arracher des paroles de joie, je ne pouvais parler, et je tenais mon regard fixé sur elle, avec une admiration stupide....
Je ne sais pas ce qui se passa en moi. Cette robe de noces, d'une blancheur immaculée, emblème de l'absence du corps matériel; cette couronne de mariée, blanche comme la neige, que mon imagination nimbait de rayons comme la couronne lumineuse d'une sainte; ces yeux, si vagues et si profonds, qu'ils semblaient me regarder du fond de l'éternité; la beauté mystique et surnaturelle de Rose en ce moment, égaraient mes sens. Ce n'était pas le corps de Rose qui était là, devant moi dans ce fauteuil; non, elle n'avait plus rien de terrestre: c'était son âme, son âme bienheureuse, qui était descendue du sein de Dieu pour remplir une promesse chère!
Quel devait être l'étonnement des assistants! Rose pénétra le trouble de mes sens, et se réjouit de me voir si plein d'espoir et de foi. Tandis que chacun se faisait violence pour ne pas pleurer, et que quelques-uns se détournaient pour cacher une larme furtive, nous nous souriions l'un à l'autre, comme si le ciel s'ouvrait à nos yeux, où brillaient le bonheur et le ravissement....