M. Pavelyn fit tout ce qui était en son pouvoir pour abréger autant que possible les formalités légales et religieuses; car, quoique Rose nous assurât qu'elle vivrait au moins assez longtemps pour atteindre le jour solennel, nous commencions à craindre que la mort ne vînt la frapper à l'improviste, avant que son dernier voeu fut rempli.

Rose voulait être belle ce jour-là, belle et gaie comme il convient à une épousée. Avec quelle joie enfantine elle nous parlait de la toilette que l'on était en train de lui faire à Anvers, des bijoux qui devaient parer ses bras et sa poitrine, et de la couronne de fleurs d'oranger qui ornerait sa tête.

Pauvre vierge, elle était comme un squelette vivant; elle ne pouvait plus se lever sans aide de son fauteuil; elle haletait péniblement pour aspirer dans ses poumons rétrécis un peu d'air frais; souvent une toux sifflante, un vrai râle menaçait de l'étouffer! il était visible que son corps souffrait d'atroces tortures ... et cependant elle parlait avec une exaltation naïve de sa belle robe de noces et de sa blanche couronne de mariée!

Son mal s'aggrava si rapidement pendant les derniers jours qui devaient précéder notre mariage, que, ses parents et moi, nous étions convaincus, hélas! qu'elle n'atteindrait pas le moment souhaité!

En effet, depuis près d'une semaine, elle n'avait pu quitter son lit; son estomac refusait toute nourriture; elle gémissait péniblement, comme si sa dernière lutte contre la mort victorieuse avait commencé, et son sommeil était sans cessé troublé par une sueur nocturne, ce terrible signe que l'âme est en travail pour se dégager des liens du corps!

Qu'elle fut affreuse pour moi, la nuit qui devait faire place au jour solennel!

Rose mourrait-elle sans voir notre amour légitimé et sanctifié par la bénédiction du prêtre?

Devait-elle entreprendre l'éternel voyage accablée de tristesse et de crainte?

Ah! si le ciel en avait décidé ainsi, que son agonie serait terrible!—Car l'imperturbable quiétude et l'admirable courage qu'elle avait montrés n'avaient leur source que dans l'espoir que Dieu pardonnerait à l'épouse légitime la faiblesse de la pauvre jeune fille. Elle exhalait son dernier souffle, son coeur ne battait pour ainsi dire plus, la main de la mort s'étendait pesante sur sa poitrine....

Ces pensées, cette angoisse, ce désespoir passaient comme des spectres, devant mes yeux terrifiés, tandis que, dans ma cruelle insomnie, j'étais assis à côté de mon lit, arrosant de mes larmes le plancher de ma chambre. Le moindre bruit me faisait frissonner et me causait une terreur inexprimable. À chaque instant, je croyais entendre les pas d'un messager qui viendrait me dire: