XXXIII

Rose avait, le jour même, parlé à ses parents de son désir d'être unie à moi par les liens du mariage. Son père, qui eût fait volontiers les plus grands sacrifices pour lui épargner le moindre chagrin, lui avait accordé sans aucune objection tout ce qu'elle désirait, et m'avait même supplié de ne pas refuser cette satisfaction à sa pauvre fille. Il espérait que la joie de voir s'accomplir ainsi son voeu le plus cher donnerait à Rose un nouveau courage et de nouvelles forces pour lutter victorieusement contre sa cruelle maladie.

Chose étrange, pourtant! Dès le lendemain matin, nous remarquâmes que l'état de Rose avait sensiblement empiré. Ses yeux avaient perdu leur éclat; ses lèvres étaient décolorées, et il y avait dans son regard vitreux quelque chose d'humide qui attestait un affaiblissement des forces vitales.

C'était donc vrai, ce que Rose m'avait dit plus d'une fois! L'amélioration que nous avions cru remarquer en elle n'était qu'une apparence trompeuse. Par un incroyable effort sur elle-même, elle avait rassemblé toutes les forces de son âme pour me rendre douce et familière l'idée de sa mort, et ce qu'il lui restait de cette force mourante, elle l'avait employé à nous faire consentir, ses parents et moi à son mariage.

Maintenant que ce but suprême était atteint, elle défaillait, et en une seule nuit la maladie avait repris toute se violence et se développait avec une rapidité nouvelle.

Rose, cependant, souriait et parlait gaiement. Aucune pensée triste ne jetait une ombre sur son visage; et, quoique son corps fût de plus en plus consumé par la maladie, son esprit restait calme, tranquille, et d'une étonnante vivacité.

Assurément, la certitude que Rose allait mourir ne m'effrayait plus, et je pouvais causer tranquillement avec elle, pendant des journées entières, de son départ pour une autre patrie; mais il arrivait cependant que la vue de sa pâleur cadavérique et sa toux douloureuse me faisaient frissonner malgré moi, et éveillaient en moi un sentiment de pénible compassion. Elle lisait au fond de mon coeur. Dès qu'une vague pensée d'angoisse ou de tristesse se glissait dans mon esprit, elle fixait ses yeux sur les miens avec une expression de doux reproche, et me rappelait au mépris de la mort corporelle, et à la foi la plus vive en la vie éternelle de l'âme.

M. et madame Pavelyn reconnaissaient avec la plus profonde douleur qu'ils s'étaient laissé abuser par une vaine espérance. Chaque fois qu'ils regardaient leur enfant et qu'ils voyaient, pour ainsi dire heure par heure, les progrès de la maladie, leurs larmes coulaient en abondance. Mais ils subirent insensiblement l'irrésistible influence de la confiance sans bornes de Rose et de l'inexplicable lucidité de son esprit; ils parurent enfin attendre avec une sorte de résignation la séparation fatale, et cessèrent de pleurer si amèrement.

Dans l'intervalle, les préparatifs de notre mariage furent achevés en grande hâte.