—Un conte d'enfant, dit le vieillard avec un sourire sur les lèvres.
—Je sais bien, monsieur, que ce ne peut être qu'un conte; mais, du moins, il y a quelqu'un qui soigne les fleurs sur la tombe; car c'est sans doute aussi une fable que ces fleurs sortant d'elles-mêmes de terre?
Comme mon compagnon ne répondait pas immédiatement à ma question, je lui dis:
—Il y a quelques jours, une paysanne de ces environs vint me demander conseil pour obtenir la grâce de son fils, qui avait été condamné à une forte amende pour un délit de chasse. Je la fis causer.—C'est ainsi que j'ai surpris toutes les particularités de la vie simple des paysans.—Elle m'a parlé de la tombe de fer, des fleurs qui se renouvellent toujours, de la dame blanche, et d'un ermite qui reste à prier des journées entières près de la tombe. Soyez assez bon pour me dire ce qu'il y a de vrai dans le récit de la paysanne.
—La chose est toute simple, répondit mon compagnon. L'homme que l'on appelle l'ermite, parce qu'il vit solitaire, soigne et orne la tombe d'une personne qui lui fut plus chère que la lumière de ses yeux. En vivant ainsi, depuis la séparation fatale, près d'un tombeau, et en concentrant toute son affection sur ce tombeau, il triomphe de la mort même; car qui peut dire que l'épouse que la tombe croyait lui ravir l'ait quitté réellement, quand il la voit à chaque instant, quand elle renaît cent fois par jour dans sa pensée?
Je regardai le vieillard avec étonnement: ses yeux brillaient d'un éclat étrange et soc visage rayonnait d'enthousiasme.
Il remarqua l'impression que ses paroles avaient faite sur moi et surmonta son émotion. Il montra du doigt le chemin et me dit d'un ton plus calme:
—Voilà notre petite église. Si nous avions suivi la traverse, nous pourrions déjà apercevoir de loin la tombe de fer.
Je ne fis presque pas attention à ce qu'il me montrait, et je demandai d'un air rêveur:
—Une épouse, dites-vous, monsieur? C'est donc une femme mariée qui repose sous la tombe de fer?