—C'est l'ermite, répondit mon guide.
—Mais cela dépasse les forces humaines! m'écriai-je avec admiration. S'asseoir pendant, quarante ans près d'une tombe! Si c'est de l'amour, quel sentiment profond, immense, infini! Le sacrifice, le dévouement, la fusion d'une âme qui vit sur la terre avec une âme qui habite déjà le ciel! On pourrait appeler cela de i'idolâtrie, si cette aspiration vers le ciel n'attestait pas une foi robuste en la bonté divine et dans la félicité d'un avenir sans fin. Vivre pour une morte et avec une morte!
—Elle n'est pas morte, murmura le vieillard.
—Pas morte? répétai-je. Quels mystères, quels prodiges cachent donc ces fleurs?
—Vous feignez de ne pas me comprendre, monsieur, dit le vieillard avec un accent calme et profond; votre coeur m'a pourtant si bien compris! Morte? Mais pendant que je vous parle, je la vois, elle me sourit, j'entends sa voix; elle me crie du milieu de ses fleurs; «Le temps devient court: j'attends, j'attends!»
—Elle vous attend! m'écriai-je avec stupeur. Est-ce donc vous qui avez usé ainsi ce banc de bois?
—Nul autre que moi.
—L'ermite?...
—Est le vieillard que le hasard vous a donné pour guide, le sculpteur dont vous avez porté l'albâtre, sans savoir quel souvenir sacré il y taillera.... Mais venez avec moi, ne me demandez plus rien. Voyez là, derrière le mur du cimetière, c'est ma demeure; suivez-moi, je vous dirai des choses que nul autre que vous n'a jamais sues aussi bien que vous allez les savoir.
Je me laissai conduire hors du cimetière, sans rien dire. Chemin faisant, le vieillard reprit: