Mieken s'avance toute joyeuse, ses yeux bleus brillent d'un orgueil enfantin et mêlent leur doux éclat à celui des bluets qui s'agitent sur son front.
Mais elle s'arrête et regarde en souriant une petite croix de bois dont la fraîche guirlande de fleurs indique une tombe nouvellement fermée.
—La couronne que tu portes est bien plus belle, dit Janneken.
—C'est là qu'est enterrée la petite Lotte, du charron, dit la petite fille, rêveuse.
—Malheureuse petite Lotte! répond le petit garçon; elle ne pourra plus aller à l'école avec nous.
—Mais elle est au ciel, n'est-ce pas?
—Oui, elle est au ciel, la pauvre fille!
—Pourquoi es-tu donc triste de ce que la petite Lotte est au ciel? demanda Mieken étonnée. Elle est si bien au ciel! On peut s'y promener du matin au soir avec les jolis petits anges, on y reçoit des friandises à plein tablier, tous les jours y sont des dimanches, on y joue et on y chante sans cesse; et quand on est fatigué de jouer, la bon Dieu vous prend sur ses genoux et vous endort en vous embrassant!
—Oui, oui, il doit faire bon au ciel, soupire Janneken, absorbée dans ses pensées.
—J'ai vu Lotte, lorsqu'elle était déjà devenue un petit ange, et qu'elle dormait un long sommeil avant d'aller au ciel, reprend Mieken. Ah! qu'elle était belle! Elle avait une belle robe blanche, et sa figure et ses mains étaient encore plus blanches que sa robe; elle portait sur ses cheveux une couronne de fleurs d'or et d'argent, avec des petites étoiles et des perles, comme l'Enfant Jésus dans l'église.[2] Et Lotte souriait si doucement dans son sommeil, qu'on eût dit qu'elle rêvait déjà du ciel. Je ne vis pas ses ailes, mais sa mère me dit qu'elles étaient repliées sous son dos afin de se reposer pour le long voyage.... Car le ciel est bien loin, bien loin d'ici, Janneken!