Elle voulait en dire davantage, mais sa voix s'étouffa dans sa poitrine haletante.

Mes frères et mes soeurs vinrent tour à tour me donner le baiser d'adieu, et enfin mon père fit le signe de la croix sur mon front, et me donna sa bénédiction avec une simplicité solennelle.

Alors les larmes jaillirent en abondance sur mes joues, et j'eus un moment d'hésitation. J'étais prêt à courir vers ma mère, qui pleurait derrière la porte de notre maison, avec son tablier devant sa figure; je lui tendais les bras, et j'allais demander à rester avec elle; mais mon père et le domestique, pour abréger cette scène douloureuse, me portèrent dans la voiture.

Le fouet claqua ... et les chevaux entraînèrent la légère voiture avec tant de rapidité, qu'en un clin d'oeil notre maison et même le village natal avaient disparu à mes regards.


X

M. Pavelyn avait aidé un de ses plus anciens serviteurs, qui avait été le magasinier de son père, à ouvrir une boutique d'épiceries. Cet homme demeurait avec sa femme dans la rue Haute, non loin de la Grand'Place, à Anvers. Comme ils n'avaient pas d'enfants, leur maison était beaucoup trop grande pour eux, et plus d'une chambre restait inoccupée. M. Pavelyn m'avait placé chez ces bonnes gens. J'y avais deux chambres pour mon usage, une chambre à coucher, et une autre pour écrire et dessiner.

Tout ce dont je pouvais avoir besoin, habits, livres, papier, argent, ils étaient chargés de me le donner ou de me le procurer à ma première demande, aussi longtemps qu'ils n'auraient pas reçu d'autres ordres de mon protecteur. Je mangeais à leur table, et, le soir, je m'asseyais avec eux à leur foyer.

Maître Jean et sa femme Pétronille étaient de braves gens qui me témoignaient une bienveillance silencieuse. Ils accomplissaient avec une scrupuleuse exactitude ce qu'ils étaient chargés de faire pour moi; mais ils ne prenaient pas à leur pensionnaire un intérêt particulier.

Dès le second jour de mon arrivée à Anvers, un domestique de M. Pavelyn m'avait conduit à l'Académie, où l'on avait gardé une place pour moi.