Je voyais l'avenir s'ouvrir et la foule enthousiaste applaudir de ses mille mains l'artiste que le suffrage de Rose, comme une parole magique, avait rendu capable d'enfanter des merveilles.

Enfin notre émotion se calma un peu, grâce aux observations plaisantes de M. et madame Pavelyn.

Alors on parla avec plus de détails de ma composition, et, pour surcroît de bonheur, j'entendis deux ou trois fois encore sortir de la bouche de Rose le témoignage de son admiration.

Elle ne me parlait guère cependant, et paraissait en proie à des pensées absorbantes; mais ses yeux brillaient d'un éclat singulier, et, chaque fois que son regard s'arrêtait sur moi, j'étais remué jusqu'au fond de l'âme par une sensation inconnue.

Le temps se passa avec la rapidité de l'éclair; nous n'avions même pas remarqué que la lumière du jour diminuait, et que le crépuscule commençait à tomber.

M. Pavelyn était joyeux et fier de mon ouvrage. Il parlait tout seul et esquissait avec complaisance l'avenir que sa protection m'avait préparé. Il ne m'abandonnerait pas avant que j'eusse acquis la fortune et la renommée; beaucoup de jeunes artistes se voyaient arrêtés dans leur carrière par la nécessité de travailler de trop bonne heure pour gagner de l'argent; mais il débarrasserait mon chemin de cette barrière, et me fournirait les moyens de ne m'occuper que de véritables oeuvres d'art.

L'arrivée des ouvriers et des domestiques qui venaient éclairer les salons avertit M. Pavelyn qu'il était temps pour lui et ces dames d'aller achever leur toilette; et il m'engagea à rentrer chez moi sur-le-champ, afin de m'apprêter également pour la soirée.


XVI

Lorsque je revins dans la maison de mon protecteur, un grand nombre d'invités étaient déjà arrivés. A mon entrée, je fus ébloui par la richesse de la toilette des dames: tout ce que je voyais était soie, dentelles, or et pierreries.