J'aurais certainement hésité à me mêler à des personnes que leur fortune plaçait si fort au-dessus de moi; mais M. Pavelyn me prit par la main, et, tout en me présentant à la société comme l'auteur de sa belle statue, il m'amena devant mon oeuvre, qui était entourée d'un cercle de spectateurs.
Chacun m'adressa des paroles d'encouragement; quelques personnes m'exprimèrent plus chaudement que les antres leur admiration pour ce premier début; toutes me félicitèrent et me prédirent une carrière brillante. Pendant assez longtemps, je fus l'objet de l'attention générale.
Rose s'était aussi approchée de ma statue. Elle paraissait recueillir avec plus de satisfaction que moi-même les louanges qui tombaient des lèvres des assistants, et chaque fois que l'un d'eux s'écriait: «C'est magnifique! c'est parfait!» la joie éclatait dans ses yeux, et un doux sourire illuminait son visage.
Que Rose était belle ce jour-là! Dans la couronne de ses boucles blondes s'épanouissaient des roses blanches dans le calice desquelles resplendissaient des étincelles de diamants. Autour de son cou serpentait un collier de perles d'Orient aux reflets nacrés; une robe de satin semé d'argent dessinait sa taille svelte, et flottait derrière elle en plis onduleux. Un flot de dentelles transparentes l'enveloppait comme d'une vapeur de neige; mais ce qu'il y avait de plus séduisant et de plus beau en elle, c'étaient ses grands yeux bleus, l'aimable sourire qui entr'ouvrait ses lèvres, la distinction de ses traits délicats, et l'élégance de sa taille de reine.
Chaque fois que je la regardais, un frisson d'admiration et de respect parcourait mes veines. Elle faisait sur mon esprit le même effet qu'une créature surnaturelle, éblouissante de beauté et de majesté, qui serait apparue à mes yeux. Aussi, j'osais à peine jeter sur elle un regard furtif, même pendant qu'elle prenait une part, si sincère à mon bonheur, en causant de ma statue avec les invités.
La plupart des personnes présentes m'avaient déjà vu dans la maison de M. Pavelyn, et savaient que j'étais son protégé.
Je ne souffrais donc pas de le voir raconter et répéter avec mille détails, à tous ceux qui voulaient l'entendre, comment il avait découvert en moi d'heureuses dispositions; et comment, grâce à sa seule perspicacité, la Belgique compterait bientôt un éminent sculpteur de plus.
Près de mon oeuvre, je me sentais assez grand pour ne pas désirer une plus noble origine; et même, quand M. Pavelyn, dans l'enthousiasme de son récit, déclara que j'étais le fils d'un sabotier, cette révélation ne me blessa point.
Elle fit cependant une impression pénible sur Rose, car elle frémit en entendant prononcer le mot fatal, et la rougeur du dépit ou de la honte colora son front.
L'effet ne fut pas moins défavorable sur la société, car un silence embarrassant succéda à l'animation de la conversation. Bien des lèvres se pincèrent dédaigneusement, et j'entendis derrière moi la voix d'une demoiselle qui murmurait à l'oreille de son voisin: