Je sautai dans la diligence, et, avant que je fusse assis, les chevaux avaient repris leur trot cadencé.
Il n'y avait qu'un voyageur dans le coupé; un vieillard à cheveux gris qui avait répondu à mon salut par un «bonjour, monsieur», prononcé à voix basse, presque sans me regarder, et semblait peu porté à la conversation.
Pendant un certain temps, je regardai par la portière, contemplant distraitement les arbres qui défilaient rapidement les uns après les autres devant les glaces delà diligence.
Mais bientôt un retour de curiosité reporta mon attention sur mon compagnon de voyage, et, comme il tenait la tête et le regard baissés, je pus l'observer et l'examiner à loisir.
Il n'y avait rien de bien remarquable en lui. Il paraissait avoir passé la soixantaine; ses cheveux étaient blancs comme l'argent, et son dos me parut légèrement voûté. Les traits de son visage étaient doux et portaient les traces d'une beauté flétrie. Ses vêtements simples, mais riches, étaient ceux d'un homme qui appartient à la bonne bourgeoisie.—L'immobilité de ses yeux grands ouverts, un sourire qui se jouait parfois sur ses lèvres, et le pli de la réflexion au-dessus de ses sourcils indiquaient qu'il était préoccupé en ce moment d'une pensée absorbante.
Ce qui attira plus particulièrement mon attention, c'est un petit bloc d'albâtre placé à côté de lui sur le banc. Comme cet objet, encore informe, ressemblait assez bien au socle d'une pendule, et que je voyais trois ou quatre instruments en acier d'une forme particulière sortir en partie d'un papier placé près du morceau d'albâtre, je crus ne pas me tromper en concluant que mon compagnon de voyage devait être un horloger.
Après un long silence, je me hasardai à lui adresser cette phrase banale:
—Il fait bien chaud aujourd'hui, n'est-ce pas, monsieur?
Il sursauta comme s'il s'éveillait d'un rêve, se tourna vers moi et répondit avec un sourire aimable:
—En effet, il fait très-chaud, monsieur.