Puis il détourna les yeux de nouveau et reprit sa position première.

Je ne me sentais pas grande envie de faire plus ample connaissance avec un homme qui était si avare de ses paroles et si peu porté à la conversation. D'ailleurs, son visage, que je venais seulement de voir entièrement, m'avait inspiré une sorte de respect, à cause de la majesté empreinte dans tous ses traits, où se lisaient les signes du génie et du sentiment.

Je me blottis dans un coin de la diligence, je fermai les yeux, et je rêvai tant et si bien, que je finis par m'assoupir.

—Les voyageurs pour Bodeghem! cria le conducteur en ouvrant la portière.

Je sautai sur la chaussée et payai ma place. Le conducteur remonta sur son siège, fouetta ses chevaux, et me cria en guise d'adieu:

—Bon voyage, monsieur Conscience! et ne racontez pas trop de fables sur la tombe de fer.

Tout étonné, je suivis des yeux le conducteur. Qui pouvait avoir révélé le but de mon voyage, puisque, tout le long de ma route, je n'en avais dit mot à personne?

Une voix qui prononçait mon nom derrière moi me fit retourner la tête.

Je vis s'approcher, le chapeau à la main, le sourire aux lèvres, et son bloc d'albâtre sous le bras, mon singulier compagnon de la diligence. Il était sans doute descendu après moi sans que je l'eusse remarqué.

Il me salua d'un air cordial, et me dit: