—Vous êtes M. Conscience, le chantre de notre humble Campine? Excusez mon importunité et permettez-moi de vous serrer la main; il y a si longtemps que je souhaitais de vous voir....

Je balbutiai quelques paroles pour remercier le bon vieillard de son amabilité.

—Et vous allez à Bodeghem? demanda-t-il.

—Oui; mais je n'y resterai pas longtemps; je compte être à Benkelhout avant ce soir, pour y passer la nuit.

—J'aurai du moins le bonheur d'être votre compagnon de route, et peut-être votre guide jusqu'à Bodeghem; car vous n'êtes pas encore venu dans notre pauvre petit village oublié?

—Non, monsieur, pas encore, et c'est avec plaisir que je profiterai de votre obligeance, à condition que vous me permettrez de vous décharger de cette pierre.

—N'y faites pas attention: mes cheveux son blancs, et mon dos commence à se voûter, mais les jambes et le cœur sont encore bons.

J'insistai pour porter la pierre, en invoquant son grand âge, mes forces plus juvéniles et le respect que l'on doit à la vieillesse; mais il s'excusa et se défendit avec ténacité; enfin, je lui pris son fardeau presque de force et l'obligeai ainsi de me suivre sur la route sablonneuse.

Pour mettre un terme aux témoignages de son regret, je lui demandai:

—Ce bloc d'albâtre est destiné, sans doute, à la base d'une pendule? Monsieur est probablement horloger?