Je compris! La fièvre était là. En ce moment!
Aggravé par ma frayeur, l'accès de fièvre se manifesta immédiatement dans toute sa force.
Je sentais déjà trembler mes lèvres.—Me laisserais-je abattre par la maladie, et renoncerais-je au triomphe si ardemment désiré? Succomberais-je au moment même où ma main semblait près de toucher la couronne de laurier? Oh! non, non; il fallait continuer la lutte, dût la mort même se trouver sur mon chemin pour me retenir!
Agité comme un insensé, je m'habillai tant bien que mal, je descendis l'escalier en courant et je m'élançai dans la rue. Il faisait presque noir, heureusement!
Je pouvais donc échapper à l'attention des passants. Comme ils eussent été étonnés si, en plein jour, ils avaient vu un jeune homme, la pâleur de la mort sur les joues, claquant des dents, chancelant sur ses jambes comme un homme ivre, se cramponnant avec ses mains tremblantes aux barreaux des fenêtres, et se traînant le long des maisons, comme s'il allait tomber dans une faiblesse mortelle.
Je parvins cependant à l'Académie au moment où mes concurrents prenaient place autour du modèle vivant. Mon état leur inspira une profonde compassion. Tous m'entourèrent et m'engagèrent vivement à retourner chez moi; ils voulaient même, disaient-ils, signer tous ensemble une supplique afin de prier les juges du concours de juger mon oeuvre inachevée comme si elle était tout à fait terminée.
Je fus extrêmement reconnaissant de cette marque de générosité et d'affection vraie; mais je repoussai tous ces conseils, même ceux des professeurs, et je me mis à ma place pour commencer mon travail, quoique mes mains eussent peine à tenir l'ébauchoir.
La volonté de l'homme est une puissance sans bornes; je fis tant d'efforts sur moi-même, que je domptai les frissons de la fièvre, et, malgré mon étourdissement et la confusion de mon esprit, mon travail avança si bien qu'il était achevé au moment où la cloche de l'Académie, sonnant huit heures, vint annoncer que le concours était clos. Mais alors mes nerfs se détendirent et la fièvre me reprit avec violence inouïe. Tout devint obscur devant mes yeux; je m'appuyai sur un banc et je faillis tomber par terre, sans force.
Deux de mes camarades me prirent sous les bras; et, suivis de cinq ou six autres, qui me plaignaient avec une tendre compassion ils me conduisirent dans ma demeure et ne me quittèrent que lorsque je fus couché.