Donat fit le signe de la croix en soupirant d'un ton plaintif:
—O bon Dieu! prenez ma petite âme en pitié!
Mais il n'eut pas le temps d'achever cette courte prière. Les lassos fendirent l'air en sifflant et les coups de revolver répétés avec rapidité retentirent dans la vallée. Pour ne pas être écrasés par les chevaux, les chercheurs d'or s'étaient séparés chacun dans une direction différente.
Un lasso cingla Roozeman par la taille et lui serra les bras contre le corps. Le cavalier à la selle duquel était attaché le terrible noeud coulant, donna de l'éperon à son cheval, renversa le malheureux Flamand et le traîna sur le sol dans sa course rapide.
Donat Kwik, qui tirait de manière à vendre chèrement sa vie, fut le seul à remarquer la position critique de Victor. Il poussa un cri de désespoir et courut avec une vitesse étonnante au secours de son ami. Dans sa course, il jeta son revolver déchargé, tira son long couteau catalan de sa ceinture et atteignit le Mexicain juste au moment où celui-ci allait s'élancer d'une hauteur et briser infailliblement la tête de sa victime… Kwik enfonça si violemment son couteau dans le flanc du cheval, que le pauvre animal, frappé mortellement, s'abattit. Le vaquero, qui avait sauté de sa selle et était tombé sur ses genoux, tira un poignard, en porta un coup à Donat et le blessa malheureusement; mais le Flamand, exaspéré, prit le vaquero par les cheveux, le renversa en arrière et lui plongea son couteau jusqu'au manche dans la poitrine. Alors il s'élança vers Roozeman, coupa le lasso, et courut sans rien dire à l'endroit du combat. Il hurlait de rage, le sang lui coulait de la figure et il agitait son terrible couteau au-dessus de sa tête.
Lorsqu'il eut rejoint ses autres amis, il vit fuir les Mexicains dans la direction des roches solitaires. Sans se détourner, il courut seul derrière eux, quoique le Bruxellois lui criât sur tous les tons de s'arrêter.
Kwik reconnut bientôt l'inutilité de cette poursuite et revint sur ses pas. Victor courut à sa rencontre en l'appelant son sauveur, le serra dans ses bras et montra une profonde inquiétude à la vue du sang qui coulait sur la joue du pauvre garçon. Celui-ci le tranquillisa: le vaquero avait voulu lui percer la poitrine d'un coup de poignard, mais l'arme, détournée, avait seulement touché le crâne de Donat et lui avait fait une blessure assez large au-dessus de l'oreille.
Jean Creps, le Bruxellois et le Français lui prirent aussi la main et le comblèrent de louanges sur son courage dans le combat. Le jeune homme, ému, repoussa ces éloges et dit:
—Bah! je ne suis pas un plus grand héros qu'hier; le sang humain m'inspire toujours de l'effroi et du dégoût. Mais M. Victor était en danger de mort, cela m'a rendu fou; je ne savais plus ce que je faisais. Que Dieu me pardonne ces paroles coupables, mais si j'avais dû tuer cent Mexicains pour sauver M. Roozeman, il me semble que je l'eusse fait.
—Maintenant, tu as tué un chrétien, murmura le matelot. Le revenant…