La présence de l'Irlandais blessé semblait leur porter bonheur, car ils poursuivirent leur voyage pendant un jour et demi sans rencontrer rien qui fût de nature à les inquiéter.
La certitude de n'avoir plus à passer que deux nuits dans les montagnes avant d'atteindre les placers du Yuba, les réjouissait et leur rendait le coeur léger.
On se moqua de la peur que Donat avait eue pendant la route, et on s'efforça de lui faire comprendre que, s'ils avaient rencontré jusque-là beaucoup d'apparences de malheur, du moins ils approchaient du terme de leur voyage sans avoir souffert de dommage réel. Kwik hochait la tête en signe de doute et répondait qu'on ne peut vendre la peau de l'ours avant de l'avoir pris, et qu'on ne peut pas fêter la moisson avant que le grain soit dans la grange.
Dans la matinée, ils traversèrent une vaste plaine et regardèrent sans y faire beaucoup d'attention quelques rochers isolés au milieu de la vallée et paraissant sortir de terre.
Lorsqu'ils en étaient encore éloignés de deux cents pas, le Bruxellois s'arrêta tout à coup et dit d'une voix étouffée:
—Arrêtez, mes amis; il y a une embûche derrière ces montagnes!
Et, étendant le doigt, il ajouta:
—Là-bas, au-dessus des rochers, des chapeaux qui se remuent. Ces chapeaux sont des sombreros mexicains. Ceux qui sont derrière les rochers pour nous attaquer à notre passage et qui se croient bien cachés, sont sans doute des salteadores. Tenez-vous prêts, messieurs, et faites feu à la première apparition des voleurs!
Pendant qu'il parlait encore, les chapeaux s'élevèrent et trois balles sifflèrent au-dessus de la tête des Flamands. Ceux-ci lâchèrent tous ensemble leurs coups de fusil sur les ennemis; mais alors apparurent à côté des rochers quatre ou cinq hommes à cheval qui, pour ne pas laisser aux chercheurs d'or le temps de recharger leurs armes, coururent sur eux au grand galop de leurs chevaux et avec des cris de triomphe.
—Les revolvers! cria le Bruxellois. Ce sont des vaqueros! jeteurs de noeuds coulants! Prenez-garde au lasso!