On examina les blessures de Donat et du baron; car ce dernier, pendant qu'on le traînait par terre, avait eu la peau tout écorchée. Il se trouva que personne n'était gravement blessé et qu'on pouvait se remettre immédiatement en route.

Le matelot voulut aller à la recherche du vaquero tué et de son cheval, sans doute pour voir s'il n'y avait pas quelques objets de valeur à prendre, mais Pardoes le retint et lui dit:

—Non, laisse-le.—En avant, messieurs! Ne perdons pas de temps. On n'est pas en sûreté dans cette plaine. Les Mexicains sont vindicatifs, et je ne serais pas étonné si les brigands revenaient en plus grand nombre. Nous devons nous hâter pour gagner ces hauteurs là-bas, où les chevaux ne peuvent nous atteindre.

Lorsqu'ils eurent fait un bout de chemin, le matelot demanda:

—Il y a une chose que je ne comprends pas: nous avons vu premièrement quatre ou cinq chapeaux de paille au-dessus des rochers et les cavaliers qui nous attaquaient étaient nu-tête. Où sont donc restés les hommes à chapeaux? Il y a là-dessous quelque piège qui me fait prévoir d'autres dangers.

—Tu te trompes, répondit le Bruxellois. C'est une ruse dont j'ai souvent entendu parler dans les placers. Ces vaqueros se fient plus à leurs lassos qu'à des armes à feu, car leur coup est toujours rendu incertain par le mouvement du cheval. Ils ne craignent pas beaucoup le revolver; mais les fusils leur font peur, parce qu'une balle bien ajustée a trop de prise sur eux et sur leurs chevaux. Ils nous avaient vu arriver, sans doute; aussi longtemps que nos fusils étaient chargés, ils n'auraient osé nous attaquer. Quel moyen de nous faire décharger nos armes? Il est simple. Ils ont placé sur des bâtons leurs sombreros ou chapeaux, et assurément aussi leurs vestes, et les ont fait mouvoir à nos regards; en outre, ils ont tiré deux ou trois coups de pistolet, et nous, trompés par ces apparences, nous avons fait feu tous ensemble sur nos ennemis supposés. Il n'y a pas autre chose sous l'apparition des sombreros.

Donat marchait à côté du mulet et tournait et retournait dans ses mains une chose qu'il avait ramassée sur le lieu du combat. C'était une corde en cuir faite de trois petites lanières tressées, longue de plus de vingt pieds, et portant un noeud coulant à l'un de ses bouts.

Depuis leur dernière réconciliation, le matelot semblait enclin à témoigner de l'amitié à Donat: il se plaça à côté de lui et lui dit:

—Ce que tu tiens là à la main, c'est un lasso, Kwik.

—Je le sais, répondit Donat; mais je me creuse la tête pour comprendre comment on peut pêcher un homme avec cela. Ces gaillards-là doivent être singulièrement exercés à jeter le lasso.