Il n'y avait rien à faire contre le sort; la nuit allait venir, il fallait chercher un logis où l'on obtînt au moins un abri pour la nuit. Il pouvait se passer encore quelques jours avant l'arrivée des directeurs de la société. Ceux qui avaient de l'argent n'avaient rien à craindre; les autres se tireraient d'embarras comme ils pourraient.
Deux hommes accoururent en même temps pour porter la malle de Victor, qui était assez grande. Tous les deux y avaient déjà mis la main, et l'un repoussa l'autre avec violence en proférant des paroles grossières. Un des deux tira son couteau et menaça d'en percer l'autre; mais ce dernier sauta sur lui comme un tigre furieux, lui arracha son couteau, qu'il jeta loin de lui, frappa son adversaire à la figure avec une telle force, que le sang lui sortit par le nez et par la bouche, et jura, le revolver à la main, qu'il lui brûlerait la cervelle s'il faisait encore un pas pour se rapprocher.
—Drôles de frères! murmura Donat pâle d'émotion.
—C'est un être insupportable, dit le vainqueur en français, pendant qu'il chargeait le coffre sur ses épaules. Un jour ou l'autre, je serai obligé de lui loger une balle dans la tête. Soit, il l'aura… Où veulent aller ces messieurs?
—Eh bien, eh bien, où est allée ma malle? s'écria Jean Creps tout à coup. Elle était ici, à côté de moi.
—Tiens! vous parlez le flamand? demanda le porteur. D'après votre langage, vous devez être d'Anvers. Je suis Bruxellois….
—Mais ma malle? ma malle? répéta Jean avec inquiétude, Où peut-elle être?
—Elle est probablement volée, répondit le Bruxellois d'un air tranquille.
—Et que faire?
—Faire une croix dessus; vous n'en entendrez plus jamais parler.