—Nous ne pouvons cependant pas n'écrire que des mensonges. Une pareille tromperie serait une autre cruauté.
—Soit, Victor; laisse ta lettre comme elle est. Mais, dis-moi, pourquoi parles-tu ainsi tout au long de Donat Kwik et de son affection pour Anneken, de Natten-Haesdonck? Tu sembles avoir une intention!
—En effet: ne comprends-tu pas? Je vois que le pauvre garçon ne sait pas bien écrire. La soeur de ma mère demeure à Boom, près de Natten-Hæsdonck. J'ai l'espoir qu'Anneken apprendra par cette voie que Donat Kwik pense toujours à elle. On ne peut pas savoir: ce que j'écris de lui, lui sera peut-être utile dans l'avenir.
—Bah! tu prends Donat trop au sérieux; c'est un bon garçon, je ne le nie pas; mais qu'il ait la cervelle à l'envers, c'est ce que tu ne peux contester.
Donat parvint enfin à achever sa lettre, et s'approcha des deux amis tenant sa feuille de papier en main et murmura d'un ton triomphant:
—Quand le père d'Anneken recevra cette assignation, il croira que je dois être déjà terriblement riche, pour oser écrire ainsi à un garde champêtre.
—Fais voir, dit Jean en lui prenant l'écrit des mains. Ta lettre est passablement longue.
—Je le crois bien; j'ai sué dessus pendant un quart de jour.
Creps essaya de déchiffrer la lettre et lut à haute voix:
«Estimable père d'Anneken, celle-ci est pour vous faire savoir que je suis arrivé en Californie, heureux et en bonne santé, et j'espère de vous la même chose. Dans quelques jours, je vais aux puits d'or, pour en prendre plein un sac à froment, et, si vous voulez garder votre Anneken pour moi jusqu'à mon retour, je vous rendrai aussi riche que l'Escaut est profond à Natten-Haesdonck. Vous savez assez qu'Anneken ne me déteste pas et que, pauvre enfant! elle est devenue à moitié folle après que vous m'avez jeté si brutalement à la porte. Vous n'avez pas un grain de compassion, ni de votre enfant ni du malheureux Donat; mais, si vous osez donner Anneken à un autre pendant que je suis dans le pays de l'or, je vous ferai destituer de votre place de garde champêtre, et vous me verrez me marier, à votre grand chagrin, avec la demoiselle du château, que vous pouvez habiter vous-même, si vous voulez. C'est à prendre ou à laisser. Pensez-y bien, et faites les compliments aux amis, avec lesquels j'ai l'honneur d'être,