Mais la parole fut étouffée dans sa gorge par une main puissante qui lui pinçait les lèvres comme des tenailles. On lui enfonça un bâillon dans la gorge avant qu'il pût crier. Un coup violent sur la nuque le fit tomber par terre. A la pensée qu'on ne l'attaquait ainsi que pour lui voler son argent, il mit sa main dans sa poche par un mouvement rapide et glissa son argent dans ses bottes.

Creps et Roozeman furent assaillis, au même instant, de la même manière. Tous les deux étaient étendus sur le sol, bâillonnés avec un mouchoir de poche et entourés de voleurs ou d'assassins qui menaçaient de leur percer le coeur de leur poignard au moindre mouvement.

Victor avait été attaqué par plusieurs hommes à la fois; trois ou quatre le tenaient cloué par terre; deux autres fouillaient dans ses poches. Heureusement, il réussit à dégager ses membres, sauta debout et saisit un des voleurs; mais un couteau que le pauvre jeune homme sentit pénétrer dans ses côtes lui fit lâcher prise; il fut renversé par la violence du coup, et les assassins se jetèrent de nouveau sur lui pour lui fermer la bouche.

Mais tout à coup, trois ou quatre personnes qui parlaient à haute voix sortirent d'une rue latérale. Au bruit de ces voix, un des brigands donna un signal et tous disparurent dans les ténèbres. Les passants dont la présence les avait chassés tournèrent le coin d'une autre rue.

Jean Creps courut à Victor et l'aida à se relever; mais il sentit sur sa main une humidité chaude et gluante, et s'écria avec une mortelle anxiété:

—Oh! mon Dieu, Victor, tu es blessé?

—Légèrement, ce ne sera rien, répondit
Victor.

—Où? où?

—Dans le côté: un coup de poignard. Ne sois pas inquiet.

Creps, effrayé, voulut aller frapper à la première maison venue pour demander du secours; mais Victor prétendit qu'il était encore assez fort et exigea qu'on allât directement à l'hôtel. Ce n'était pas loin, et, avec la main sur la blessure pour empêcher l'hémorragie, il y arriverait sans peine, croyait-il.