—Vous ne pouvez pas être trop difficile, monsieur Jean, remarqua Donat. Vous verrez des compagnons de voyage, même de la première classe, qui font des métiers encore plus étranges. D'ailleurs, sept dollars! Qu'est-ce qui vous empêcherait de venir coucher ici à l'hôtel, jusqu'à ce que M. Roozeman soit guéri? Trois de sept, reste toujours quatre.

—Tu as raison, dit Jean tout à coup. Eh bien, je serai cireur de bottes!

—Et n'as-tu rien trouvé pour moi? Demanda Roozeman. Tu ne t'imagines cependant pas que je veuille vivre ici du fruit de votre travail à tous deux.

—Pour vous, du moins, j'ai une place facile et bonne, répondit Donat; vous en rirez peut-être: fille de boutique… je veux dire commis chez un fruitier.

En effet, bien qu'ils eussent peu de raisons d'être gais, les deux amis éclatèrent de rire.

—C'est sérieux, très-sérieux, reprit Kwik. Il y a une grande tente, où l'on vend des oranges, des citrons, des figues et d'autres fruits. Le propriétaire a besoin de quelqu'un qui sache écrire en français et en anglais. Il donne six dollars, sans nourriture ni logement. A la prière du Bruxellois, qui lui procure beaucoup de chalands, il gardera encore cinq jours la place vacante. Vous serez le mieux partagé, monsieur Roozeman: c'est, du moins, un état propre et honorable.

—Je te remercie, Donat, dit Victor, j'accepte avec joie.

—Cireur de bottes dans un hôtel! dit Jean en ricanant.

—Lécheur d'assiettes dans une sale gargote! murmura Donat.

—Commis chez un fruitier! Si ma mère, si Lucie pouvaient le savoir! dit
Victor en hochant la tête.