—Que dit-il? demanda le Bruxellois.
—Il appelle sur nous la vengeance du ciel et nous assure que l'esprit de son père nous poursuivra et ne nous laissera pas de repos jusque sur notre lit de mort.
—Que Dieu nous protège! soupira Donat en faisant un signe de croix.
Ceci nous manquait encore. Nous avons déjà à craindre les hommes et les
bêtes féroces, voilà que les esprits se mettent aussi de la partie.
Dormez donc tranquille avec une aussi terrible malédiction sur la tête!
Pendant que Kwik se livrait à ces réflexions, les autres avaient pris une décision sur ce qu'il y avait à faire. Ils ôtèrent leurs havre-sacs et prirent leurs pioches.
—Ne reste pas là si consterné, Kwik, dit le bruxellois. Prends ta bêche, nous enterrerons le malheureux Mexicain.
Le jeune Mexicain était accroupi et suivait d'un oeil vitreux et immobile le travail de ceux qu'il considérait comme des bandits. Les larmes coulaient à flots sur ses joues, et sa soif de la vengeance semblait un peu calmée. Peut-être le soin des étrangers de ne pas laisser son père sans sépulture le faisait-il douter que ce fussent bien des ennemis qui l'entouraient et qui s'efforçaient de le consoler d'un ton compatissant.
Donat détournait les yeux avec horreur du visage contracté du mort; mais, malgré tous ses efforts, il se sentait attiré comme par un aimant, et, chaque fois, il y jetait les yeux avec un nouvel effroi. Lorsqu'il lui fallut aider à déposer le cadavre dans la fosse, il frémit de la tête aux pieds, ses cheveux se dressèrent sur sa tête et il frissonna jusqu'à la moelle des os. Vaincu par son émotion, il se laissa tomber à genoux près de la tombe et se mit à prier, pendant que les autres couvraient le corps de terre et de pierre.
Lorsque la fosse fut tout à fait comblée, le Bruxellois demanda:
—Ah çà! camarades, qu'allons-nous faire de cet enfant!
—Ce que nous allons en faire? répondit Victor. Nous l'emmènerons aux placers, nous en aurons bien soin et nous lui procurerons, à notre arrivée dans un endroit habité, les moyens de regagner sa demeure.