—Ce sera une grande charge, messieurs.

—Qu'est-ce que cela fait? Après avoir tué le père, nous ne serons pas assez cruels pour laisser ce pauvre enfant dans le désert en pâture aux bêtes féroces. Dussé-je, avec l'aide de mes amis, le porter sur les épaules; il viendra avec nous jusqu'à ce que nous l'ayons mis en sûreté.

—C'est fâcheux, mais tu as raison. Baron, fais-lui comprendre qu'il doit nous suivre.

Le jeune Mexicain se leva et obéit passivement. Il marchait la tête baissée et semblait devenu indifférent à son sort. Cependant, lorsqu'il atteignit la plaine, il releva le front, montra du doit le matelot et cria en espagnol quelques mots qui firent supposer qu'il reconnaissait le meurtrier de son père. Mais, comme s'il se fût calmé tout à coup, il baissa vers la terre son regard flamboyant et suivit ses guides en apparence avec la même soumission.

—Venez, venez, messieurs, dit le Bruxellois, ne vous embarrassez pas plus longtemps de ce garçon. Nous avons perdu beaucoup de temps et il faut le rattraper!

Ils allaient continuer leur route et avaient déjà fait une centaine de pas, lorsque le jeune Mexicain sauta dans les broussailles en poussant un cri de triomphe et, sans que personne eût rien remarqué, disparut avec un navaja ou poignard de poche à la main. En outre, l'attention fut détournée du fuyard par un cri de douleur qui échappa au même instant au matelot.

L'Ostendais tenait la main à son côté et disait qu'il avait reçu un coup de poignard. On l'aida à ôter ses habits et chacun tremblait de crainte qu'il n'eût été frappé mortellement par le fils de sa victime.

Lorsqu'on eût mis son flanc à découvert, on constata avec joie que le poignard avait porté sur l'unique dollar que le matelot portait encore dans sa ceinture de cuir, et n'avait fait que l'égratigner un peu en glissant. Il reconnut lui-même que cela ne valait pas la peine d'y songer et n'était pas assez grave pour arrêter sa marche une seule minute.

On reprit les sacs. On parla encore quelques instants de l'événement; mais les esprits s'assombrirent peu à peu sous l'obsession de tristes pensées, et la petite troupe continua silencieusement sa route par monts et par vaux.

Donat Kwik hochait constamment la tête en marchant: