Mais, tout à coup, ses traits perdirent leur expression distraite, et une imperceptible exclamation lui échappa à la vue d’un homme jeune, — trente-cinq ans environ, — debout devant un marbre dont il étudiait les détails si attentivement qu’il ne remarquait pas la jeune femme arrêtée à ses côtés, le contemplant avec un demi-sourire.

— Quel homme absorbé vous êtes aujourd’hui, mon beau cousin ! fit-elle, la voix moqueuse.

Mais l’expression soudain éclairée de son visage disait que la rencontre ne lui déplaisait point. Le jeune homme se détourna.

— Isabelle !… Pardonnez-moi… Vous avez raison, cette œuvre s’était si bien emparée de moi que…

— Que vous étiez en passe d’oublier complètement les vivantes pour les statues !… Enfin, je ne vous en veux pas… Y a-t-il longtemps que vous êtes au Salon ?

— J’y arrive. En ma qualité d’original, puisque telle est l’épithète dont vous voulez bien me gratifier souvent, j’aime à venir voir certains marbres à la lumière des fins d’après-midi. J’avais remarqué celui-ci, il y a trois jours au Vernissage… Et vous-même, vous êtes ainsi toute seule ?

— Toute seule ! Mme Dartigue m’a quittée il y a quelques minutes, et j’attends l’heure à laquelle je vais être remise en possession, tout ensemble, de mes enfants et de ma voiture ! Je vous préviens que, jusqu’à ce moment, je vous garde comme cavalier. Puisque vous connaissez la sculpture, faites-la-moi visiter…

Il s’inclina au moment où, derrière lui, quelqu’un disait en le désignant :

— Oui, c’est bien Robert Noris, l’écrivain, avec cette jeune femme…

Isabelle saisit au passage ces paroles, et un fugitif éclair de plaisir traversa ses yeux brillants. Si habituée qu’elle fût à vivre dans un monde lettré, entourée d’hommes possédant une notoriété quelconque, elle s’accommodait fort, dans sa vanité féminine, de respirer le parfum d’un encens flatteur, encore que cet encens ne brûlât pas pour elle.