— Je sais bien que je suis d’une extrême audace en vous parlant ainsi…; que je ne possède rien de ce qui peut plaire à une enfant comme vous, et pourtant je n’ai pas le courage de me taire… Lilian, avez-vous confiance en moi, maintenant, pleine et entière confiance ?

Elle inclina la tête, incapable de parler. Elle ne sentait plus que le rayonnement du regard qu’il attachait sur elle ; et toute sa vie semblait immobilisée dans l’impression d’une douceur exquise qu’éveillait en elle ce regard. Il y eut entre eux un imperceptible silence ainsi que dans les moments où les âmes se recueillent ; puis Robert continua d’une voix qui tremblait :

— Lilian, avez-vous assez grande confiance en moi pour devenir ma femme ?

Il regardait, suppliant, la jeune fille qui l’écoutait enveloppée par un souffle d’allégresse infinie… L’avait-elle bien compris ?… Était-il possible qu’il voulût faire sa femme d’une petite fille comme elle, qu’il l’aimât autant qu’elle l’aimait en dépit des réflexions méchantes d’Isabelle, oubliées maintenant comme un mauvais rêve ?

— Mon enfant chérie, murmura-t-il, emprisonnant les mains effilées dans les siennes, vous ai-je trop demandé ?… Pourquoi ne répondez-vous pas ?

— Parce que j’ai trop de joie dans le cœur, fit-elle levant enfin sur lui ses larges prunelles sombres que des larmes soudaines voilaient. Elle éprouvait une si intense impression de bonheur que cette impression même en devenait douloureuse.

— Lilian, je voudrais entendre vos lèvres chères dire que vous consentez à vivre auprès de moi toujours…

Elle répéta, employant les mots mêmes du rituel anglais :

— Oui, toujours, dans la joie et dans la peine !

— Enfin !!! dit-il. Est-il donc vrai que je puisse dire enfin de vous, ma Lilian ?