Bessy laissa tomber son ouvrage et contempla le jeune visage levé vers le sien avec une indéfinissable expression. Ah ! oui, la ressemblance était complète ; c’étaient bien les mêmes traits avec leur irrésistible charme, la même carnation transparente, les mêmes reflets lumineux dans l’épaisse chevelure blonde, la même taille élancée comme le tronc svelte d’un jeune pin.

— En vous regardant, je crois voir votre mère, lady Lilian, dit Bessy, dont la voix tremblait tout à coup.

On aurait dit que, à elle aussi, le passé semblait émouvant à effleurer même d’un mot.

— Oui, mais moi j’ai de la gaieté plein les yeux, sur les lèvres, dans le cœur ; et elle, ma pauvre maman, me paraît si triste sur le dernier portrait que je possède d’elle !

Une seconde, elle s’arrêta ; puis, ardemment, elle acheva, avec une intonation basse et suppliante :

— Pourquoi était-elle ainsi ?… Le savez-vous, ma chère vieille Bessy ?

L’aiguille tomba des mains de Bessy et une exclamation lui jaillit des lèvres :

— Comment eût-il pu en être autrement avec tous les chagrins qu’elle a éprouvés, la pauvre créature !… Elle était bien vaillante, mais elle en a eu trop pour sa part !…

Lilian tressaillit, et le silence fut durant une minute si profond dans la chambre qu’elle entendit nettement toute une phrase d’une romance chantée en bas, dans le salon, et le bruit de l’aiguille de Bessy qui courait de nouveau dans l’étoffe soyeuse. Mais une irrésistible impulsion la poussait avec une force mystérieuse à savoir enfin ce qu’avait été son père. Pour sa nature passionnée, l’incertitude était une torture… Le cœur battant à se rompre, elle demanda :

— Bessy, pourquoi ne me parlez-vous jamais de mon père ?