La vieille femme, qui travaillait dans la pièce voisine, releva les yeux et un sourire éclaira sa bonne figure calme à la vue de la jeune fille :

— Qu’y a-t-il, my child ?

Lilian si franche pourtant, hésita sur ce qu’il fallait dire ; et, songeant seulement à amener Bessy dans son propre appartement afin de lui parler en toute liberté, elle répondit, la pensée absente de ses paroles :

— Bessy, voulez-vous venir faire quelques points à la dentelle de ma robe ?

— Tout de suite, lady Lilian, dit Bessy.

Elle était tellement habituée à n’avoir d’autre volonté que celle de Lilian qu’elle déposa immédiatement son ouvrage et suivit la jeune fille. Sur ses genoux, elle prit la robe de mousseline soyeuse étendue sur le lit et se mit à coudre.

Lilian la regardait ; son cœur battait si follement qu’elle hésitait à parler, ayant peur du frémissement qu’aurait sa voix. Puis soudain, elle s’assit près de la vieille femme, ainsi qu’elle le faisait quand elle était toute petite, et demanda :

— Bessy, vous m’avez vue bien jeune, n’est-ce pas ?

— Bien jeune, oh oui, ma chère petite fille ! Quand je vous ai embrassée pour la première fois, vous étiez un baby avec des cheveux légers et fins comme le duvet d’un petit oiseau ; et depuis cet instant, je ne vous ai jamais quittée ?

— Alors vous avez connu maman quand elle avait à peu près mon âge aujourd’hui, puisque, à dix-sept ans, elle était mariée… Trouvez-vous vraiment que je lui ressemble ?… Tante Katie le dit toujours…