— Alors… ô ma petite fille ! pourquoi m’interrogez-vous ?… Alors sont venues les heures terribles… Il n’avait plus d’argent… Il s’est mis à s’en procurer par… tous les moyens, et, pour finir, il a fait de fausses signatures. Un jour, tout s’est découvert… les tribunaux s’en sont mêlés et…

— Et il a été condamné, acheva Lilian avec l’impression que tout croulait autour d’elle. Instinctivement, elle étendit les mains en avant comme pour se rattacher à un appui. Mais le vide était autour d’elle, de même que dans sa jeune âme éperdue.

— Oui, il a été durement condamné, fit Bessy courbant encore sa tête blanche.

Lilian serra l’une contre l’autre ses deux mains d’un geste d’infinie souffrance et interrogea une dernière fois, d’une voix sans timbre, le regard rempli d’épouvante :

— Où est-il maintenant ?…

— Il est mort il y a bientôt six ans… Déjà, depuis longtemps, sa pauvre femme avait fini de souffrir, et vous étiez auprès de lady Evans.

— Ainsi, tout le monde, en Angleterre, connaît cette horrible histoire, tous ceux que je vois savent ou peuvent apprendre qui je suis…

Elle s’interrompit, incapable de continuer. Elle avait la sensation que, vers elle, montait un flot d’humiliation, où elle allait s’abîmer sans espoir, emportée loin de Robert Noris qu’elle ne reverrait plus jamais, jamais !

— Ne croyez pas, Lilian, ma chère petite enfant, que l’on se souvienne encore de ces tristes événements… Il y a des années qu’ils se sont passés… Et puis vous portez le nom de votre tante ! finit Bessy, dont le visage était inondé de larmes.

— Oui, c’est vrai, dit Lilian frissonnante… Jusqu’ici j’avais toujours cru que tante Katie me l’avait fait prendre par affection, mais maintenant je comprends… je comprends tout !