— Puisqu’à Paris une pareille étude m’est impossible, je vais la tenter en Suisse, dans la colonie étrangère qui voyage… Je n’en aurai que plus de chances de rencontrer un caractère original. Là-bas, peut-être, découvrirai-je une nature féminine qui m’instruise et me permette de bien me rendre compte de ce qui passe d’impressions dans une âme vraiment jeune…
Isabelle ne répondit pas. Le départ, certain maintenant, de Robert l’irritait comme une défaite personnelle. Elle voulait reconquérir cet homme qui l’avait tant aimée autrefois ; elle déployait dans ce but son charme tout-puissant… Et voici qu’elle le sentait de nouveau insaisissable, maître de lui-même, se dérobant avec une volonté très ferme à l’empire qu’elle essayait de retrouver sur lui. Elle le connaissait trop bien d’humeur indépendante et résolue pour tenter de lui faire abandonner ses projets d’éloignement et reprit seulement d’un ton de raillerie légère :
— Et où irez-vous chercher votre jeune fille idéale ?
— Je ne sais trop encore… A Lausanne ou ailleurs, dans cette région ; les bords du lac sont encore abordables ce mois-ci, sans grandes chaleurs et sans Parisiens. Peut-être vais-je m’installer à Vevey.
Un éclair de satisfaction traversa le regard d’Isabelle.
Vevey était bien près d’Évian ; et il était si facile de se faire ordonner une saison dans la petite ville d’eaux.
— Oui, vous auriez bien raison de rester quelque temps à Vevey ; la société étrangère y est nombreuse, puis vous y retrouveriez notre vieille amie Mme de Grouville, qui reçoit beaucoup et qui, étant donnés son humeur et ses goûts, doit certes connaître tout ce que la colonie exotique renferme de plus original et de plus select… Chez elle, vous rencontreriez aisément, je suis sûre, un sujet digne de votre affreux petit travail de dissection et capable de vous inspirer une collection de ces fameuses notes que le public serait si curieux de connaître. Vous êtes trop jaloux de les garder, Robert.
D’un mouvement distrait il écrasa sous son pied une petite motte de terre, et une expression d’amusement éclaira son regard sérieux.
— Mes notes, je vous prie de le croire, ne valent pas l’honneur que vous leur faites en ce moment ;… une suite de phrases rédigées en style télégraphique, qui n’ont d’autre mérite que leur grande sincérité…
Isabelle n’insista pas, dépitée de ce qu’il se refusait, comme toujours, malgré sa grande courtoisie, à la laisser pénétrer un peu dans l’intimité de sa pensée. Les promeneurs devenaient rares dans le jardin ; elle se décida à rejoindre la haute porte de sortie qui, grande ouverte, laissait apercevoir, dans un lointain vert et lumineux, l’avenue des Champs-Élysées, inondée d’une clarté de soleil couchant. Et, d’un ton de badinage destiné à cacher sa déception, elle interrogea encore :