— Oh ! tante ! tante ! fit-elle passionnément, je comprends maintenant pourquoi… le mariage dont je vous ai parlé ce matin vous paraissait impossible… Ah ! vous aviez raison… trop raison !

— Lilian, mon enfant chérie, que vous est-il arrivé ? questionna avidement lady Evans, effrayée de l’accent désolé de cette voix qu’elle avait entendue si joyeuse quelques heures auparavant. Avez-vous reçu de mauvaises nouvelles de M. Noris ?

Lilian se souleva un peu de nouveau sur son oreiller, les yeux perdus dans ceux de lady Evans.

— Non, je ne sais rien de… de lui… Mais tantôt, j’étais tourmentée, inquiète, parce que j’avais deviné que vous voyiez un obstacle à… mon bonheur. Alors j’ai questionné Bessy, et, sans le vouloir, la pauvre femme ! elle m’a appris toute l’histoire du passé. Oh ! tante, c’est horrible !

— Elle vous a appris… Comment a-t-elle osé ?

— Qu’importe !… Aujourd’hui ou plus tard, la vérité devait toujours m’être révélée, murmura Lilian du même ton brisé.

Lady Evans la serra contre elle. L’émotion l’étouffait.

— Mon enfant chérie, dit-elle tout bas, ne vous découragez pas ainsi. Tout n’est pas perdu. Si M. Noris vous aime réellement, il songera que vous n’êtes point responsable des actes de votre père, et il les oubliera par tendresse pour vous…

Lilian secoua la tête d’un mouvement de révolte :

— Oh ! je ne veux pas qu’il sache la vérité… Je ne le veux pas. Je ne pourrais me résigner à être dédaignée par lui ou épousée par pitié… Et puis, dès qu’il s’agit de questions d’honneur, les hommes n’ont plus le droit d’hésiter… Je ne veux pas mettre à l’épreuve l’affection qu’il a pour moi… Oh ! tante, emmenez-moi avant qu’il soit de retour !…