— Isabelle ! fit-il avec un tel accent de colère qu’une seconde elle eut peur du résultat de sa méchanceté.
Mais il se contint, et, hautain, presque menaçant, il continua :
— Une fois pour toutes, je vous avertis que jamais je ne supporterai d’entendre insulter Mlle Evans comme vous vous permettez de le faire, et cela, parce que, le jour où elle le voudra, elle sera ma femme.
Isabelle eut un éclat de rire sec, cinglant ; mais, sur ses joues sans couleur, les cils s’agitaient dans un battement éperdu.
— Ainsi vous voilà prêt à épouser miss Lilian ?… Rien ne pouvait vraiment lui arriver de meilleur ? Si j’avais la moindre vengeance à tirer de vous, mon cher cousin, je pourrais m’estimer satisfaite plus que je n’eusse osé l’espérer… Et il se trouve que votre… fiancée a disparu dès que vous l’avez eu quittée !…
Les yeux étincelants, elle le contemplait, la bouche railleuse et méchante… Elle sentait la curiosité douloureuse de cet homme qu’elle haïssait maintenant autant qu’elle avait été prête à l’aimer. Quand elle avait appris le départ de Lilian, elle avait espéré que le charme serait rompu, et qu’elle pourrait le reconquérir. Maintenant, elle comprenait que Robert Noris s’était irrévocablement éloigné d’elle, que son rêve ambitieux était bien fini ; et elle n’éprouvait plus que le seul et affolant désir de le faire souffrir pour se venger de son indifférence dédaigneuse.
Il était debout devant elle, impérieux, irrité, la dominant malgré elle, et il l’interrogeait :
— Vous venez de faire, au sujet de miss Lilian, une allusion dont j’ai le droit de connaître le sens… Vous soupçonnez ou vous n’ignorez pas la cause certaine de son départ ?
Elle inclina la tête, tout en jouant avec ses bagues.
— Peut-être suis-je, en effet, un peu plus instruite que vous sur ce sujet… Désirez-vous que je vous donne des éclaircissements ?… Tout à l’heure vous paraissiez supposer que j’étais pour quelque chose dans la… fuite de votre fiancée. Cherchez plutôt le motif de cette disparition dans la famille Evans elle-même.