Il s’arrête, la voix sombrée… Elle est toujours immobile, ses mains jointes sur les papiers épars devant elle. Mais son regard s’est enfui loin, vers le ciel radieux. Un souffle rapide fait tressaillir les épaules sous l’étoffe légère du corsage. Un silence. Tous deux songent.
C’est lui qui reprend encore, et son accent a cette douceur grave, imprévue dans sa bouche railleuse :
— Est-ce que, par la suite, quand le souvenir de mon… erreur… se sera atténué en vous, alors vous voudrez bien croire que j’ai maintenant le seul, et très sincère, et très profond désir que vous voyiez en moi, dans l’avenir, un ami respectueusement dévoué, soucieux seulement de pouvoir, en quoi que ce soit, vous être bon à quelque chose.
Les yeux pastel le contemplent, une seconde, sérieux et pensifs. Vraiment, ils sont aussi sincères l’un que l’autre, et elle sent très bien que, dût-il en souffrir, jamais plus, il ne tentera de la séduire. Par son libre consentement, seul, elle serait à lui.
Alors, très simple, elle dit :
— Si votre… amitié est réellement telle que vous me l’offrez, je l’accepterai de grand cœur avec confiance… Et, sincèrement, elle me sera précieuse…
Une étrange clarté erre sur les traits durs de Raymond Barcane et lui donne un autre visage.
— Vous êtes bonne, madame, et je vous remercie, avec ce qui peut encore exister de moins mauvais en mon vieux cœur… Je me souviendrai toujours de ces quelques moments… Et maintenant, je n’ai plus qu’à me retirer — puisque mon père ne revient pas, — et à vous laisser enfin travailler… Mais, auparavant, voulez-vous me donner votre main, en gage de pardon ?
Elle a une visible hésitation, réfléchit une seconde ; puis, lentement, lui tend ses doigts où, seul, brille l’anneau du mariage.
Il se courbe très bas, les baise, enveloppe d’un regard le visage délicat, et sort.