Il l’interrompt, impérieux :
— L’amour maternel ne suffit pas à remplir un cœur de femme jeune, vibrante, comme vous l’êtes !
— Qu’en savez-vous ?… Oh ! je ne prétends pas être meilleure ni plus forte que les autres… Et je ne sais ce que l’avenir fera de mes résolutions… Pourtant, j’espère, j’ai toutes les raisons d’espérer que ma volonté m’aidera à être ce que je dois et veux être… Elle a déjà fait ses preuves, grâce à Dieu, et je sais ce que je puis attendre d’elle.
De nouveau, un éclair d’intense curiosité flambe dans les yeux de Barcane, qui écoute attentif :
— Maintenant, pour que vous ne conserviez pas un inutile espoir, j’ajouterai encore ceci : pour me garder mieux que tout, j’ai la résolution que, plus tard, mon fils ne soit jamais exposé — justement, — à entendre dire que sa mère n’a pas été une femme irréprochable… Afin d’être sûre de ne pas faiblir, si, comme bien d’autres, je connaissais un jour la tentation, je me le suis juré sur sa chère petite vie qui est ma joie…, sur le souvenir des disparus que j’ai aimés et qui m’estimaient… Et j’espère qu’ainsi, Dieu m’aidant, parce que, vous le savez, il est beaucoup promis aux êtres de bonne volonté, tout sera dans ma vie, comme j’ai résolu que ce soit. Vous m’avez compris, n’est-ce pas ?
Il incline lentement la tête. La lueur violente et passionnée de ses prunelles s’est éteinte dans une expression grave. Avec une douceur que, certes, bien peu ont vue dans ses yeux, il plonge son regard dans le regard clair qui, bien en face, l’interroge.
— J’ai compris, madame, et je vous demande pardon de m’être, sans réfléchir, follement séduit par votre charme, comporté à votre égard avec une grossière insolence dont j’ai conscience trop tard… Mon excuse c’est que, dans le monde où je vis, je ne rencontre jamais de femmes comme vous…
Elle écoute, ses mains un peu serrées l’une contre l’autre. Ses lèvres tremblent et elle les mordille nerveusement ; mais elle ne répond pas, et les paupières abaissées voilent le regard.
Alors il continue :
— Si j’étais libre, madame, j’implorerais le très grand honneur que vous acceptiez mon nom… Mais je ne représente, en somme, qu’un prisonnier évadé qui traîne sa chaîne… Et puis, si je suis un amant possible, je serais, sans doute, un détestable mari… Pour vous, je ne puis donc rien regretter… Pour moi, c’est le bonheur entrevu qui m’échappe…