— Mais, mon petit, s’exclame naïvement Mme Dautheray, qu’est-ce que cela peut bien te faire ? Personne ne te connaît et ne s’occupera de toi…

Elle corrige aussitôt, s’apercevant que sa phrase est malencontreuse :

— Comme tu es une vilaine sauvage, et n’as jamais voulu venir à mes thés, ce printemps, tu es ignorée de nos amis et tu pourras rester à ton gré dans ton personnage de modeste violette. Tu as bien une robe un peu habillée, à la mode ?

Hélène se met à rire. Elle se souvient du regard de Jean, quand il l’a aperçue entrant au théâtre. Et Jean est un connaisseur difficile à satisfaire ! Elle est désormais tranquille sur l’effet qu’elle peut produire…

— Oh ! si, marraine, j’en possède une qui ne déshonorerait pas votre belle assemblée.

— Si non, ma chérie, j’espère que tu consentirais, sans cérémonie, à me laisser te traiter en vraie filleule, en t’offrant ta toilette.

Hélène se penche et embrasse Mme Dautheray.

— Marraine, vous êtes excellente, mais je n’ai nul besoin d’user de votre générosité. C’est convenu. Jeudi, j’irai voir les fiancées possibles de Jean.

— Puisses-tu, ensuite, le pénétrer de l’inconséquence de sa conduite… Que de fois j’ai peur qu’il ne soit accroché par quelque vilaine créature, qui le tienne éloigné du mariage ! Tu n’en sais rien ? Hélène.

Cette question prouve à Hélène, si elle en doutait, que, pour Mme Dautheray, elle est une femme qui n’existe pas, sans âge, une simple confidente d’occasion. Et, imperceptiblement railleuse, elle répond :