— Non, madame, je n’en sais rien. Si cela était, Jean a trop de tact pour me faire des confidences de cette sorte.

Mme Dautheray sent-elle la leçon ?… Avec cette candeur qui désarmerait son pire ennemi lui-même, elle répond :

— Tu as raison… Par toi, je ne peux avoir aucun renseignement en cette matière. Il faudra que je parle à mon frère.

— Cela ne changerait pas les choses. Jean, sans en avoir l’air, ne fait jamais que ce qu’il veut…

— Ah ! c’est bien vrai ce que tu dis là, mon enfant !… Avec plus de douceur, il est aussi autoritaire que l’était son père… Pas avec moi, heureusement ! Il ne se mêle jamais de ce que je fais.

Hélène sourit, malgré elle, de l’air épanoui de Mme Dautheray. Jusqu’à sa dernière heure, cette femme sera juvénile.

— Eh bien ! marraine, suivez son exemple et laissez-le, en toute liberté, choisir la femme qu’il almera… certainement… un jour.

Les yeux d’Hélène ont une singulière expression que, naturellement, Mme Dautheray ne remarque pas du tout ; et elle s’en va, sereine, après avoir témoigné une tendresse de grand’mère à Bobby qui l’a tout à fait conquise.

Il y a encore une autre raison pour qu’Hélène se rende à cette réception. Coïncidence imprévue. Jean est venu, lui aussi, insister pour qu’elle ne manque point d’y paraître ; car, a-t-il expliqué, l’air content, il espère pouvoir la présenter à un personnage influent dans les Lettres, qui a lu ses croquis américains et désire la connaître pour en causer avec elle.

Jean n’a rien ajouté de plus. Mais Hélène n’a pas besoin de longues méditations pour arriver à cette encourageante conclusion, que le critique compétent n’aurait aucun désir de lui parler de son travail, s’il le jugeait dépourvu de toute valeur. Et l’espoir, un instant, a illuminé sa vie sévère. Toujours, elle a possédé le bienheureux secret de se créer un semblant de bonheur, avec les menues faveurs que l’existence quotidienne veut bien, de-ci, de-là, lui octroyer.