— Oui, pour le comprendre… Cela, c’est bien !… Mais, surtout, n’exprimez jamais que votre pensée propre ! Et gardez bien votre individualité, je vous le répète.

Elle sourit.

— Je crois que je ne pourrais faire autrement. Je suis une façon de ressort… On peut me courber, mais je me redresse toujours pour reprendre ma pente naturelle.

— Parfait, cela !

Il continue à l’observer avec une sorte de curiosité où il y a une instinctive sympathie. Comme tous les intellectuels qui causent avec elle, il est séduit par l’intensité de vie intelligente que révèle ce visage de femme. Avec un réel plaisir, il continuerait la causerie engagée. Mais voici revenir Jean.

Les danses vont commencer. Tous les hôtes de Mme Dautheray ont, pour l’instant, évolué vers le buffet ; ou, restés dans les salons, croquent les nombreuses « douceurs » que leur offrent les plateaux, abondamment pourvus, qui leur sont présentés.

— Eh bien ! la connaissance est faite ? interroge-t-il gaiement. Il faut venir la sceller au buffet. Vous restez là, à bavarder, tous les deux, dans votre coin… L’homme ne vit pas seulement de bonnes et belles paroles…

Mais l’illustre critique se dérobe.

— Mon ami, excusez-moi, je ne prends jamais rien entre mes repas. Après avoir entendu votre superbe concert, je vais me retirer, ayant, hélas ! bien passé l’âge de respirer une atmosphère de danse !… Je vous laisse donc, satisfait d’avoir pu causer avec Mme Heurtal.

— Et vous voudrez bien encourager un peu ses travaux ?… insiste Jean qui, cependant, a deviné, à l’éclat des yeux d’Hélène, qu’elle a gagné la partie.