— J’en serais bien heureuse, car, à toute sorte de points de vue, ce résultat me serait très précieux !… Mais… mais comment m’y prendre pour y arriver ? Je n’ai aucunes relations dans le monde des lettres, où il faut être épaulée pour réussir, du moins au début, surtout quand on n’est qu’une femme tout à fait inconnue.
— Parfaitement juste ! Mais maintenant, madame, vous connaissez Barcane ; son illustre fils est toujours prêt à aider une jolie femme et, pour mon compte, comme je trouve, en vérité, une certaine valeur à vos études, je serais volontiers disposé, pour peu que cela vous fût agréable, à les présenter dans une excellente revue qui, peut-être, accepterait d’en publier quelques-unes ; ou encore l’une des courtes nouvelles qui les accompagnent…
Hélène se demande si elle ne rêve pas tout éveillée. Mais l’omnipotent critique semble parler sérieusement ; non point comme un prodigue d’eau bénite. Et elle le regarde avec un air radieux d’enfant qui reçoit, inespéré, un cadeau splendide.
— Que c’est bon à vous de vouloir bien me prêter assistance, après m’avoir dit, sur mes essais, des choses qui me rendent… bien fière… Je vous en prie, choisissez dans mes papiers ce qui vous paraît le meilleur à présenter…
— Nous verrons cela ensemble, si vous voulez bien, madame. J’aurais quelques retouches à vous indiquer ; de petites modifications de détail… Pourrez-vous me donner un rendez-vous ?
— Je suis toujours libre de mon temps, après ma séance chez le professeur Barcane.
— Bon ; il sera facile de nous entendre, même pour les corrections qui me paraîtraient utiles… Vous m’avez l’air singulièrement modeste pour une femme… et surtout pour un auteur… Car vous êtes très bien douée !… Il serait dommage que vous ne développiez pas les dons que vous devez à la nature et à votre travail personnel… Mais, surtout, appliquez-vous à rester vous-même. Vous lisez beaucoup ?
— Autant que je le puis.
— Quoi ?
— Tout ce qui me tombe sous la main, ayant une valeur quelconque. Je suis très éclectique. Mon esprit est curieux de tout et j’adore pénétrer le cerveau des autres.